De la vie des macgéens V2.0

Tu n'as pas tout à fait tort, mais la Révolution française est prise comme exemple par les bolcheviks, tout comme, une cinquantaine d'années plus tôt, par les communards.
Un obsédé peu s’épancher sur une photo de playmate, ça n’en fera pas son petit ami.

Les Communards comme les Bolcheviks ont fantasmé la Révolution française mais ça ne marche pas dans l’autre sens. Ils ne sauraient constituer une grille de lecture valable de la Révolution. Il a fallu longtemps à l’historiographie de la Révolution française pour se débarrasser de cette étiquette tant les historiens marxistes ont monopolisé le débat et surtout les directions de la recherche.

Ils ont eu tendance à chercher dans le passé toutes sortes d’exemples préfigurant, et donc justifiant, leur lecture de l’Histoire. Cela a fait beaucoup de dégâts et de débats, et autant de figures et événements pseudo-révolutionnaires censés annoncer la venue du Communisme comme les prophètes Elie et Daniel auraient annoncé le Christ. Ainsi traitèrent-ils, entre autres, les Gracques, Spartacus, la Jacquerie, la Fronde et surtout La Révolution française, encore aujourd’hui objet de débats stupides initiés pas des politiques en mal de modèles et repris tels quels par des journalistes ignares. (pléonasme inside)

Comme nous sommes de la même génération, je sais quelle histoire de la Révolution on t’a servi dans l’EN et comment furent formés ceux qui te l’ont enseignée. La version que je définirais comme bourgeoise libérale de gauche mais pas trop, celle qui glorifie 1789 et déplore le dérapage totalitaire de 1793. Bref, la Révolution française racontée par les Thermidoriens le 17 Brumaire an VIII. Comme les deux films du bicentenaire, elle s’arrête avec la chute du tyran Robespierre. Les libéraux de s’en réjouir et les marxistes de le déplorer.

Mais nous ne sommes plus tout jeunes et depuis 1989 d’autres historiens ont fait le travail difficile de s’affranchir de cette problématique marxiste surannée.

C’est l’historien Albert Mathiez, socialiste puis communiste admirateur de Lenine, qui a fait le premier le rapprochement entre les Jacobins et les Bolcheviks. C’est un moment intéressant dans la réception du communisme et de l’historiographie de la Révolution mais sorti du fatras des années vingts ça ne vaut pas tripette. Pareillement pour ceux qui voient encore aujourd’hui dans la « Terreur » les prémices du totalitarisme de gauche. Non, Robespierre n’annonce pas Lenine et tant pis si le second s’est prétendu inspiré du premier. Son « Robespierre » n’a simplement jamais existé.

Albert Soboul était un maître, idem pour Michel Vovelle, et par delà le prisme marxiste ils ont énormément apportés à l’étude de la Révolution française, mais leur perception générale du phénomène n’est plus acceptable aujourd’hui. Ils croyaient à une Révolution initiée par le peuple et conduite par lui jusqu’à sa défaite avec la chute de Robespierre.

François Furet, communiste en rupture de banc, décida de régler son compte à l’historiographie marxiste de la Révolution mais se faisant, il resta prisonnier de ce schéma Jacobins/Bolchevicks et vit toujours en Robespierre la préfiguration Staline. Le problème de Furet n’était pas la Révolution mais le Totalitarisme et il croyait qu’elle en était la matrice. Il ne remet pas réellement en cause la grille de lecture mais sa conclusion. La Révolution est fille d’une élite cultivée (1789) qui dérape et tombe dans les mains des extrémistes (1793) jusqu’à sa reprise en main. C’est surtout le fruit d’une conversion politique personnelle, de communiste il devint socialiste réformiste et finit par animer un cercle de réflexion libéral, la fondation Saint-Simon.

À Furet & Richet, La Révolution française (1965) on préfèrera aujourd’hui Jean-Clément Martin, Nouvelle Histoire de la Révolution française (2012).

Sinon, Alexis de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution (1858) reste la base des études de la période.
 
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Réactions: gKatarn et loustic