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Aujourd’hui ça n’étonne même plus.
Et que l'on peut accorder un minimum de réflexion à ce questionnement.
Minimum. Il faut pas trop pousser non plus.
Selon toi, les femmes qui achètent des stilettos sont des victimes sociales, des êtres programmés, sans volonté propre ? Comme iDanGener, tu leur dénies donc tout libre arbitre, toute intelligence sociale.
Moi, je pense qu’elles portent ça parce qu’elles le veulent bien, parce qu’elles se sentent bien avec, qu’elles y trouvent intérêt. Celles que je connais qui ne peuvent ou ne veulent pas en porter n’en portent pas. La plupart arborent le type de chaussures nécessaires à l’activité qu’elles entendent pratiquer. C’est aussi simple que cela.
J’ai en horreur ce discours faussement féministe qui consiste à toujours en faire des victimes de quelque chose, voire à faire des attributs de la féminité des signes servitude. C’est d’ailleurs plus souvent celui d’hommes que de femmes. En fait, cette réflexion sur les femmes en talon, leur démarche, la cambrure, les yeux des hommes, etc. C’est ça l’expression du sexisme. Cette attitude que tu décris parle surtout du machisme refoulé qui dort en toi. Ou plus simplement ta sensibilité à la séduction féminine. Séduction qui appartient plus au règne animal qu’à l’ordre social.
Qui définit la féminité si ce ne sont les femmes elles-mêmes ? Il n’y a aucune loi qui impose le port et la longueur des talons des femmes dans l’espace public. N’en déplaise à notre ami d’outre-atlantique, comparer le contrôle des femmes par les mœurs vestimentaires issues d'une société patriarcale archaïque de bédouin arabes et le port de talons aiguilles à près de 1 000 euro la paire, c’est passer à côté de deux sujets différents.
C’est vrai, mais mon point n’était pas la comparaison. Je donnais un autre exemple pour illustrer le fait que nos choix/actions peuvent être conditionnés par des éléments extérieurs; on est loin du libre arbitre.
Il y a des cités dans mon pays « issu des Lumières » où exprimer un semblant de féminité est pour une jeune fille le risque de passer pour une « pute », une fille « facile » et de là « bonne à prendre ». Le problème du prix des chaussures à talons aiguille ne vient alors que très loin après le droit d’envisager d’en porter. Moins revendiqué et politique que le voile, le port de sur-vêtements difformes est la manière occidentale de se dissimuler aux hommes, une sorte de « burka des quartiers ».
Pour ces jeunes femmes, des talons aiguilles ne sont pas un signe d’avilissement mais de libération.
Maintenant, « le fait que nos choix/actions peuvent être conditionnées par des éléments extérieurs » n’empêche pas le libre arbitre. C’est croire les femmes bien naïves d’imaginer qu’elles n’ont pas conscience de ce « conditionnement », qu’elles ne sont pas capables d’en jouer, d’en user, d’en faire un instrument de séduction/pouvoir vis-à-vis des hommes comme des autres femmes.
Ce sont bien les femmes qui définissent ce qu’est la féminité. Depuis les années vingt, elle se sont emparées des attributs masculins, comme le pantalon, la cravate, cheveux courts, pour les détourner à leur profit. Elles n’en restent pas moins femmes.