De la vie des macgéens V2.0

Le tort de tous ces gens est de vouloir imposer l’usage. Une langue suit naturellement son évolution propre. L’usage s’impose à force mais pas de force.

Le texte d’Émile Faguet, Simplification simple de l’orthographe, évoqué fort justement par @Dead head, ne dit pas autre chose en conclusion. J’ai été sévère avec Faguet alors que son petit opuscule est truffé d’humour. Il se trompe concernant l’avenir des doubles lettres et des mots grecs mais je suis d’accord avec l’idée générale qu’une langue ne se décrète pas.
 
Tu te fourvoies.

L’accent circonflexe est à l’origine un outil de scripte. Il sert à abréger. Lorsque tu fais de la paléographie tu apprends à lire ce genre de signes qui courent pendant tout le Moyen Âge et une partie de l’époque moderne, dans toutes les langues, parce que utilisés dès le latin par les clercs. Des scriptes, il passe à l’imprimerie et à la grande diffusion. Personne n’a forcé l’usage. Il fut adopté parce que plus simple. À force de ne plus le lire, on ne l’a plus écrit. Il a fallu quand même trois siècles.

Tu retrouves souvent deux formes de s dans les manuscrits anciens. Le s terminal, semblable au s d’aujourd’hui et le s qui précède une consonne, et là tu as une espèce de ƒ sans la barre. L’accent circonflexe remplace ce « s long » qui ne se prononçait pas en français mais est encore présent et se prononce dans certaines langues comme l’anglais forest, l’italien testa, l’espagnol fiesta. Les mots où ce s se prononçait, l’ont conservé de nos jours, comme avec escarmouche. Le double s a survécu en français sous la forme « normale ». Les Allemands ont inventé le ß (Eszett) pour le remplacer et maintenant ils essayent de le supprimer, mais bon c’est leur merde à eux.
Je n'aurais pas dit mieux. J'ajouterais également que ce sont les moines copistes qui l'ont, progressivement, fait migrer sur le e avoisinant. De livre en livre, il se trouvait de plus en plus haut et rabougri, tant et si bien que certains ont fini par le mettre carrément sur la tête du e.