Et avec la tête ? [V.4]

Désolé pour mon retard de quelques heures.


J'ai lu et relu les trois participations.
Ma conclusion me gêne un peu, parce qu'il est exceptionnel qu'un ancien gagnant fasse gagner celui qui venait de le designer comme vainqueur.

Mais après une ultime relecture, mon impression première s'est une nouvelle fois trouvée confirmée.

Chaque texte possède clairement ses qualités propres indéniables, mais celui qui emporte le plus mon adhésion tant par l'écriture que par sa progression narrative est celui de [B]pouppinou[/B].

Pouppinou, félicitations, tu as gagné une nouvelle fois le droit de nous proposer une nouvelle session avec un thème, cinq mots obligatoires et une date butoire.


Bravo et à bientôt pour la nouvelle session !... :coucou:
 
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Réactions: Gerapp38 et loustic
Tu as fait le tour du monde en 80 jours ? le 26 mars à 20h, c'est ce soir

Je m'étais emmêlé les pinceaux dans les dates, effectivement.
Pour laisser leur chance à d'éventuels nouveaux participants, disons le 28 vers 20h pour la fin définitive de cette session.
:)
 
Pour le 30 Avril à 23h59, car à minuit le travail s'en finit :


Thème : La grâce

  • âme
  • circonvolution
  • supplément
  • dilection
  • intercession
 
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Réactions: Human-Fly
Pour le 30 Avril à 23h59, car à minuit le travail s'en finit :


Thème : La grâce

  • âme
  • circonvolution
  • supplément
  • dilection
  • intercession


Jessica n'existait presque plus, emportée par un excès de cocaïne vers un monde où l'on n'est déjà plus vraiment vivant. Un coma jugé comme un état critique.

Son meilleur ami, Arthur, catholique fervent, avait demandé à un prêtre de venir, dans cette chambre d'hôpital. Pour le cas où l'issue serait fatale, et s'il fallait alors recommander à Dieu l'âme de Jessica.

Le père Mathieu semblait éviter toute circonvolution inutile et aller au cœur du sujet.
Les prières du prêtre avaient-elles été entendue et sa bienveillance se trouvait-elle récompensée ?
Jessica sortit doucement du coma et les médecins se félicitèrent de cette évolution ; son jeune âge assurerait probablement à leur pariente la possibilité d'un substantiel supplément de vie.

Le père Mathieu reprit ses prières sur un ton plus joyeux, et presque avec davantage de ferveur encore. Comme pour exprimer à Dieu un remerciement. Pour le prêtre, ses souhaits avaient été entièrement entendus et le temps de la dilection était venu.

Arthur n'était pas certain de savoir du fait de quel possible " miracle " Jessica revenait à la vie.

Le père Mathieu savait.
Il avait prié Dieu en s'adressant à " la Sainte des Causes Désespérées ". Mathieu avait obtenu cette nouvelle chance offerte à Jessica par l'intercession de Rita de Cascia, il n'en doutait pas.
 
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Réactions: jmquidet et loustic
Pour le 30 Avril à 23h59, car à minuit le travail s'en finit :


Thème : La grâce

  • âme
  • circonvolution
  • supplément
  • dilection
  • intercession



Dès qu’il entendit le premier craquement ténu, Pablito se demanda s’il avait eu tort de venir seul explorer cette vieille mine et, en effet, avant même qu’il puisse faire demi-tour dans l’étroit boyau où il rampait depuis dix minutes, un fracas assourdissant retentit derrière lui, le sol trembla sous ses mains et ses genoux, et il se sentit poussé par un maelström d’air chaud chargé de poussière et par un bruit qui lui vrillait les tympans.

Quand revint le calme, rassuré de se savoir encore vivant, il osa enfin rouvrir les yeux, mais il ne vit rien : après un instant de panique, il s’aperçut que la lampe à carbure de son vieux casque avait été éteinte par le souffle de l’effondrement qui avait dû se produire à l’entrée de la mine ; toutefois, il entendit le sifflement de l’acétylène. Il sortit le briquet à amadou du sac qu’il portait en bandoulière et, dans une gerbe d’étincelles, il en fit jaillir une flamme pâle qu’il approcha de sa lampe. Cette dernière se ralluma instantanément, prodiguant une lumière aveuglante dans les ténèbres.

C’est alors qu’il se mit à réfléchir, calmement, sans paniquer.

Il examina les points positifs : il n’était pas blessé, il avait de la lumière, il avait une pleine outre d’eau, il avait un en-cas pour récupérer des forces et une recharge de carbure de calcium pour sa lampe. Il mit en regard les points négatifs : sa voie de retour était vraisemblablement bloquée, et il ne connaissait de ce réseau de galeries que ce que lui avait raconté son grand-père Ernesto. C’est ce dernier qui lui avait aussi expliqué l’emplacement de la réserve de pépites qu’il avait excavées et cachées pour son propre compte, près d’un demi-siècle plus tôt.

En effet, Ernesto travaillait alors dans la mine, qui était en pleine activité et recelait des filons très riches : un dur labeur dans les ténèbres pour un maigre salaire à peine suffisant pour faire vivre sa famille, tandis que le propriétaire de la mine s’enrichissait sur son dos. Aussi, assez rapidement, le grand-père avait décidé de fournir à chaque poste une quantité suffisante de pépites pour ne pas attirer l’attention, mais de cacher le supplément dans un recoin isolé de la mine, lorsque le contremaître et les autres mineurs avaient le dos tourné. Il n’avait toutefois pas pu sortir ce magot de la mine à cause des fouilles que faisaient opérer les patrons à la fin de chaque poste, réfléchissant à la meilleure façon de récupérer un jour le fruit de son labeur.

Malheureusement, le grand-père, après vingt années de travail à la mine, avait été arrêté par la junte dans une rafle à la cantina où il passait certaines soirées à boire raisonnablement et à jouer à la brisca avec quelques collègues, puis envoyé sans autre forme de procès et à l’insu de sa famille dans un camp de travail où s’entassaient les prétendus ennemis du peuple. Ernesto avait ainsi passé plus de deux décennies à défricher la jungle, avant d’être libéré sans plus de justifications, d’excuses ni de compensations pour cette vie gâchée.

Pablito, alors âgé de dix ans, avait vu un matin arriver sur le pas de la porte de la maison familiale ce vieillard étique et chancelant. Il ressemblait vaguement au jeune homme sur la photographie de mariage des parents de son père, unique image suspendue au chevet du lit des parents, à côté d’un crucifix et d’un chapelet à grosses perles de bois. Ernesto s’était ainsi installé dans la maison familiale, froid et taciturne ; il avait tant espéré ce retour, mais l’absence de son épouse, morte de chagrin et d’épuisement avant la naissance de Pablito, l’avait encore plus ébranlé que ses années de bagne. Le père de Pablito gardait également une certaine rancune envers ce père qui les avait abandonnés, sa mère et lui, peut-être parce qu’il avait souffert de voir sa mère travailler dur pour l’élever seule et prier en vain pour ce retour. Des trois petits-enfants qu’Ernesto s’était découverts, sa dilection allait plus particulièrement à l’aîné Pablito, qu’il aimait observer lorsqu’il faisait ses devoirs ou lorsqu’il jouait. Il retrouvait en lui l’intrépidité de sa propre jeunesse et la douceur d’âme de son épouse.

Ernesto avait alors commencé à parler avec Pablito, à lui raconter sa propre jeunesse, son travail à la mine puis dans la jungle. Au fil des années, Pablito avait passé de nombreuses heures à écouter son grand-père, et il lui avait demandé à de nombreuses reprises de lui raconter l’histoire de son trésor. Alors que son père prenait ces récits pour de simples fariboles destinées à captiver son auditoire, Pablito, lui, y croyait et notait tout ce qui lui était raconté, esquissant même des croquis qu’il faisait confirmer par Ernesto.

C’est ainsi qu’un jour, Pablito avait décidé d’aller retrouver l’or de son grand-père. La mine avait depuis longtemps été fermée, les filons s’étant épuisés. Un gardiennage y avait subsisté pendant quelques années, mais lorsque Pablito s’y aventura, les lieux avaient depuis longtemps été abandonnés. Il avait facilement franchi l’entrée principale et avait facilement identifié le boyau dont les circonvolutions le mèneraient au plus vite au trésor.

Foin de ces réflexions, se dit Pablito, et il continua sa reptation jusqu’à la croix que lui avait indiquée son grand-père. De là, il compta trois mètres et observa attentivement le mur de droite : oui, il y avait bien une sorte de repli dans la roche, d’une configuration telle que la lampe, proche de l’axe de vision, ne produisait aucune ombre trahissant le creux qui s’y dissimulait. Pablito y plongea la main et tâta ce qui semblait être un tas de cailloux. Il en saisit un pour l’examiner à la lueur de sa lampe : il n’avait jamais vu de pépite d’or, mais il n’eut aucun doute sur la nature de ce qui pesait et luisait entre ses doigts. Il commença à vider la cachette pour remplir son sac. Une fois sa tâche terminée, il poursuivit son chemin dans le boyau, jusqu’à le sentir s’élargir, puis se terminer dans une salle où il put se tenir debout. Le schéma qu’il s’était fait des galeries correspondait si parfaitement à la réalité qu’il ne fut même pas surpris, lorsqu’il se retourna, par la face grimaçante et cornue qui lui fit face.

Son grand-père lui avait expliqué le rituel que les mineurs ne devaient pas manquer de répéter à chaque poste, avant de donner le moindre coup de pioche : il fallait passer sans faute par la salle du Tio, le dieu de la terre et du monde souterrain, auquel il convenait de laisser une offrande propitiatoire. De cette salle devait partir un tunnel qui rejoignait l’une des entrées accessoires. Grâce aux indications d’Ernesto, Pablito identifia immédiatement la voie vers la sortie. Le sac rebondi, pesant lourd à son côté, il se mit en route, mais s’arrêta d’un coup et farfouilla dans son sac. Il trouva le paquet de feuilles de coca qu’il avait apporté et le déposa sans hésiter sur l’autel du Tio, avec une légère inclinaison de la tête.

Il lui sembla soudain que l’air embaumait le bon tabac gris et qu’un tintement cristallin avait retenti brièvement. Il prit cela pour une acceptation de l’offrande faite au Tio et son intercession auprès du Tout-Puissant afin qu’il puisse sortir sans encombre avec ses richesses.
 
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Réactions: papadben et loustic