Les villes de grande solitude.......

Amok a dit:
Je repense à ce chalet perché sur Tiger hill, très loin, à l'autre bout de la planète, où j'avais découvert au petit matin que j'étais au juste milieu de la Chine, du Tibet, de l'Inde, du Bhoutan, bien au dessus des nuages. ce jour-là, je n'avais pas sorti le boîtier du sac. Ces moments là m'appartiennent, et je ne veux pas les partager. Les photos de voyage ne sont là que pour capter les moments de solitude stérile. Je suis le seul à pouvoir à nouveau par la pensée me replonger dans cet instant précis, sentir le vent qui glisse sur la montagne, voir le soleil se lever sur l'Everest, et percevoir le monde qui s'éveille. Égoïstement je veux le garder, et l'ajouter à tous les autres que j'ai vécu seul, et qui partiront avec moi.

smile.gif
 
maroc.jpg


L'hôtel est pratiquement désert, même la boutique de souvenirs est fermée. En bas, une femme se baigne toute habillée dans la piscine. La soie trace des volutes autour d'elle et le bleu de son voile se déroule dans son sillage. Ambiance fin de jour sur la montagne rouge en face. Du jaune, de l'ocre, du bleu et une chambre immense presque vide. Sur l'écran, un feuilleton à l'eau de rose se déroule en silence. Visiblement le réalisateur vient de découvrir le zoom: pas un seul plan sans plongée optique.

600 kilomètres de désert et à nouveau la civilisation. Barbarella a raison. La solitude est bien plus présente lorsque des vibrations humaines sont perceptibles: je n'ai jamais ressenti le vide lorsque je me trouvais au milieu de rien. Pourquoi suis-je ici? De vieux comptes à solder...

...

Je vais lui téléphoner, survoler la distance qui nous sépare, l'imaginer dans son appartement, je vais entendre sa voix, je vais l'écouter me dire qu'elle a hâte que je sois de retour. J'aimerais qu'elle soit là, avec moi, pour partager tout ce que je viens de vivre, à nouveau tout redécouvrir à travers ses yeux. Je ne sais pas encore que c'est faux, que jamais cela n'arrivera, et que les mois sont comptés. j'ignore encore que la solitude se déplace sur nos talons, et que nous ne faisons que la faire voyager, accrochée à nos bottes comme de la mauvaise poussière. Il n'y a pas pire solitude que de vouloir aimer et de ne pas savoir, de n'avoir jamais appris. J'ai envie de me poser, de ne plus bouger, de ne plus prendre ces trains, ces avions, de ne plus compter maladivement les kilomètres inutiles puisque solitaires. J'ai simplement envie d'entendre ses pas dans la pièce à côté, de voir ses vêtements posés sur le fauteuil dans la pénombre, de sentir son parfum sur l'oreiller.

Une mélodie s'élève du minaret, juste en face.
 
Avec la distribution du Petit Paumé, place Bellecour, difficile de trouver la solitude ...
tongue.gif
 
Excellent style Amok.

J'y retrouve des airs de Gao Xingjian, "Le livre d'un homme seul" :

Orgue et cœur. Les chambres de l'hôtel sont remplies de meubles anciens très recherchés, une lourde table en chêne, une armoire sculptée marron foncé, un lit de bois aux barreaux ronds, décoré. Sur les boules des lampadaires, plus de reflets, pas une voiture ne passe dans la rue, c'est dimanche, presque midi, tu attends qu'un ami vienne te chercher pour t'emmener à l'aéroport. Par l'avion de midi passé, tu rentres à Paris.
 
Cette chanson de Michel Berger résume assez bien, pour moi, ce sentiment.


Il manque quelqu'un près de moi
Je me retourne tout le monde est là
D'où vient ce sentiment bizarre que je suis seul
Parmi tous ces amis et ces filles qui ne veulent
Que quelques mots d'amour

De mon village capitale
Où l'air chaud peut être glacial
Où des millions de gens se connaissent si mal
Je t'envoie comme un papillon à une étoile
Quelques mots d'amour

Je t'envoie mes images
Je t'envoie mon décor
Je t'envoie mes sourires des jours où je me sens plus fort
Je t'envoie mes voyages
Mes jours d'aéroport
Je t'envoie mes plus belles victoires sur l'ironie du sort

Et dans ces boîtes pour danser
Les nuits passent inhabitées
J'écoute les battements de mon cœur répéter
Qu'aucune musique au monde ne saura remplacer
Quelques mots d'amour

Je t'envoie mes images
Je t'envoie mon décor
Je t'envoie mes sourires des jours où je me sens plus fort
Je t'envoie mes voyages
Mes jours d'aéroport
Je t'envoie mes plus belles victoires sur l'ironie du sort

De mon village à cent à l'heure
Où les docteurs greffent les cœurs
Où les millions de gens se connaissent si mal
Je t'envoie comme un papillon à une étoile
Quelques mots d'amour
 
Et Les villes de grande solitude, c'est pas du Sardou, début des années 80 ?
 
Etes vous certain d'avoir peur de la solitude ?
Ou plutot est ce vraiment la solitude qui vous effraie ?

Je devine plutot en vos propos une crainte farouche de l'abandon.
La peur de ne plus être important pour l'autre.
De ne compter pour personne.

A vous écouter, la solitude serait elle simplement un manque d'amour ?
 
krystof a dit:
La solitude est un mode de vie dont je m'accommode très bien, en fait.

T'accomoder sous-entend que tu t'es finalement adapté à un état de fait qui à l'orogine ne l'était pas.
Cela trahit une sorte de résignation, non ?

Tu as fini par l'accepter.
 
PetIrix a dit:
T'accomoder sous-entend que tu t'es finalement adapté à un état de fait qui à l'orogine ne l'était pas.
Cela trahit une sorte de résignation, non ?

Tu as fini par l'accepter.

Non, je ne me suis pas adapté. J'ai "testé" les deux et je préfère définitivement être seul.
 
krystof a dit:
Non, je ne me suis pas adapté. J'ai "testé" les deux et je préfère définitivement être seul.

Une solitude du ménage. Par peur de l'implication, ou du "dérangement", peut-être.
Mais tu entretiens sans nul doute des relations amicales avec d'autres hominidés.


 

"Mais tu entretiens sans nul doute des relations amicales avec d'autres hominidés."

PetIrix



gun.jpg




Tu sais, la victoire et la défaite, c'est pareil: ca se traduit toujours par des larmes. A l'amour comme à la guerre.
On efface finalement ces larmes; il ne reste que l'ombre de la douleur, mais on y voit avec certitude que la guerre vous a trompé, que l'amour était menteur, comme l'odeur de la poudre, et qu'on a aimé jusqu'au bruit des armes. Alors, cette douleur, dont la trace était vaine, on est tenté d'y voir le seul bonheur qui reste: au moins, on a pleuré. Si, au moins, on pouvait s'arracher cette souffrance, et s'arracher le coeur, comme on dégrafe une grenade, comme avant, avec les mêmes océans solitaires tout autour, comme avant. On va bien sur les tombes, comme si on voulait se réchauffer avec des cendres.
Et un jour, on est ivre, on chante dans les bars, pour boire davantage. Mais...
On n'a plus la même force. Tout mène à la mort. On se débarrasse en faisant le malin avec sa vie, on est orgueilleux, mais on se contente de mourir.

PL
 
Je l'ai trouvée devant ma porte,
Un soir que je rentrais chez moi.
Partout elle me fait escorte,
Elle est revenue, elle est là,
La renifleuse des amours mortes.
Elle m'a suivie, pas à pas.
La garce, que le diable l'emporte !
Elle est revenue, elle est là.

Avec sa gueule de carême,
Avec ses larges yeux cernés,
Elle nous fait le cœur à la traîne,
Elle nous fait le cœur à pleurer,
Elle nous fait des matins blêmes
Et de longues nuits désolées.
La garce ! Elle nous ferait même
L'hiver au plein cœur de l'été.

Dans ta triste robe de moire
Avec tes cheveux mal peignés,
T'as la mine du désespoir,
Tu n'es pas belle à regarder.
Allez, va-t-en porter ailleurs
Ta triste gueule de l'ennui.
Je n'ai pas le goût du malheur.
Va-t-en voir ailleurs si j'y suis !

Je veux encore rouler des hanches,
Je veux me saouler de printemps,
Je veux m'en payer, des nuits blanches,
À cœur qui bat, à cœur battant.
Avant que sonne l'heure blême
Et jusqu'à mon souffle dernier,
Je veux encore dire « je t'aime »
Et vouloir mourir d'aimer.

Elle a dit : « Ouvre-moi ta porte.
Je t'avais suivie pas à pas.
Je sais que tes amours sont mortes.
Je suis revenue, me voilà.
Ils t'ont récité leurs poèmes,
Tes beaux messieurs, tes beaux enfants,
Tes faux Rimbaud, tes faux Verlaine.
Eh bien, c'est fini, maintenant ! »

Depuis, elle me fait des nuits blanches.
Elle s'est pendue à mon cou,
Elle s'est enroulée à mes hanches,
Elle se couche à mes genoux.
Partout, elle me fait escorte
Et elle me suit pas à pas.
Elle m'attend devant ma porte.
Elle est revenue, elle est là,
La solitude...
La solitude.

Barbara.
 
Je suis d'un autre pays que le vôtre,
d'un autre quartier, d'une autre solitude.
Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse.
Je ne suis plus de chez vous.

J'attends des mutants.
Biologiquement je m'arrange avec l'idée que je me fais de la biologie :
je pisse, j'éjacule, je pleure.
Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s'il s'agissait d'objets manufacturés.
Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais...

La solitude…

Les moules sont d'une testure nouvelle, je vous avertis.
Ils ont été coulés demain matin.
Si vous n'avez pas dès ce jour, le sentiment relatif de votre durée, il est inutile de regarder devant vous car devant c'est derrière, la nuit c'est le jour. Et…

La solitude…

Il est de toute première instance que les laveries automatiques, au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d'arrêt ou de voie libre.
Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n'est qu'une dépendance de l'ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et pourtant…

La solitude…

Le désespoir est une forme supérieure de la critique.
Pour le moment, nous l'appellerons « bonheur »,
es mots que vous employez n'étant plus « les mots »
mais une sorte de conduit à travers lesquels les analphabètes se font bonne conscience. Mais…

La solitude…

Le Code civil nous en parlerons plus tard.
Pour le moment, je voudrais codifier l'incodifiable.
Je voudrais mesurer vos danaïdes démocraties.
Je voudrais m'insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit, le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité.
La lucidité se tient dans mon froc.

Léo Ferré.
 
Ouaouh... c'est un beau thread que vous nous avez fait là... c'est émouvant, ça me parle beaucoup... que ce soit toi The Big ou en encore Petrix... et d'autres...
Mais dis moi the Big, tu ne vas pas dans des hotels dans les centres villes ? Ca doit pas être la panacé forcément mais c'est toujours mieux que le formule 1 sur le periph, parce là dans le genre déshumanisé et glauque...
Surtout que l'image d'épinal du formule 1 bon marché et un peu à revoir je crois... en centre aussi t'as des hotels au même prix, voir moins cher... enfin je demandais ça juste comme ça, pour savoir...
smile.gif


ps : bravo Amok également... je n'ai pas lu les interventions de tout le monde encore...
 
Got A Car I Got Some Gas
Oh Let's Get Out Of Here Get Out Of Here Fast
Ah Everyone's Confused So I Stay In My Room
If I Go I Don't Want To Go Alone
I Hope You Got This Message Oh Your Not Home
I Could Be There In Ten Minutes Or So
Oh I Got My Things
We'll Make It Up As We Go Along
Oh With You I Could Never Be Alone
Never Be Alone

Pearl Jam - Untitled
 
bellile.jpg



On voudrait avancer, se rapprocher
mais on ne peut pas...
On voudrait faire face, ouvrir les yeux
mais on ne peut pas...
On voudrait avaler un peu d'air, respirer
mais on ne peut pas...
On voudrait hurler, plus fort que le vent
mais on ne peut pas...
Alors on courbe un peu plus le dos,
on rentre la tête dans les épaules...
On attendra demain...
On reviendra demain,
pour chercher sur la plage
ce qui nous rendait grand,
Pour chercher sur la plage
ce qui n'est plus...
Et qui sera, de nouveau
ce que nous sommes.



nato