(suite ... ...)
Je décidais de quitter ces lieux et de prendre congé de François... A vrai dire, j'en avais un peu marre de cette journée, marre d'entendre parler d'exactions, de corruption, de violences ...
Je ne pouvais pas m'imaginer que la vie des citoyens et des citoyennes (c'est comme ça que Mobutu appelait les habitant(e)s de Kinshasa !) se résumait à se faire piller par l'armée et la police !
Avant de partir, je demandais à François s'il était possible de louer une voiture - en effet, si je voulais mettre toutes les chances de mon coté pour retrouver mes 3 gars, il fallait que je sois un brin mobile !!!
Il m'indiqua une adresse sur le Boulevard du 30 juin et proposa de m'y déposer - je refusais poliment - j'avais besoin de rassembler mes esprits et de réfléchir à la situation ! Et quoi de mieux qu'une petite marche de quelques kilomètres pour se remettre les idées en place...
On se fit rendez-vous au Memling pour le diner : "21 heures précises !" ajouta t'il !
Je quittais la grisaille du batiment, bien décidé à ne plus y revenir et sortit sous le soleil ... il faisait chaud ... très chaud ! Au loin, l'air vibrait et entourait les quelques buildings d'un halo tremblant et fantomatique...
Tout en marchant, je pensais à la conversation que j'avais eue avec ma femme quelques instants auparavant ... pourquoi ne lui avais-je pas exposé la réalité de la situation : j'avais été viré et il ne tenait qu'à moi de rentrer deux mois plus tot à la maison, de la revoir, de revoir mon fils, ma mère et mes amis !
Etait-ce le fait qu'il lui était impossible de me contacter et que dès lors, j'éprouvais un sentiment étrange de liberté que je n'avais jamais éprouvé
auparavant ? Etait-ce ma rencontre avec François ? Etait-ce le besoin de retrouver Arsène, Marcel et Simon et de passer un peu de temps avec eux
avant de les quitter pour toujours ? Etait-ce la beauté du pays qui me fascinait ? La gentillesse attachante et l'humour pince-sans-rire des zairois ?
Probablement un peu de tout !
Je repensais également aux histoires qui m'avaient été contées par François : les exécutions de rebelles, les exactions, les passeports !!! A vrai dire, et j'en ai un peu honte, je m'en fichais totalement ! Je m'étais fixé un but et rien, ni personne ne pourrait me faire changer de route ! basta ! finito et qu'on me fiche la paix avec ces trucs !
Au fur et à mesure que je marchais, je me sentais libre et léger ! Le Boulevard du 30 juin regorgeait de monde, des zairois en tenue traditionnelle, en
costume-cravate, en shorts ... des gosses qui vendaient tout et n'importe quoi, des cireurs de godasses, des marchands ambulants avec leurs échopes ou pendaient quelques chiens dépenaillés - en parlant de "chiens", je m'étais aperçu en arrivant que le chien constituait un mets de choix pour les zairois de la cité qui n'avaient pas les moyens de s'acheter de la viande, c'était pour eux une alternative à l'éternel poulet et certains meme l'accommodaient avec la moambe !!! Dieu, quelle horreur !!! J'en ai peut etre mangé !!!
Enfin ! J'arrivais devant Europcars et le temps de faire quelques formalités, de payer une semaine de location et de déposer une caution qui m'a délesté d'une petite fortune, je repartais au volant d'une superbe Mazda 1000 rouge qui n'avait que 110.000 kms au compteur !
Ils étaient sympas chez Europcars ... ils m'avaient proposé d'encaisser mon chèque à ma place et de me donner immédiatement le liquide, soit en zaires
moyennant une commission de 15 % du montant, soit en dollars ... mais là, la commission était de 50 % (marché noir oblige !!!).
J'acceptais la première proposition, conscient du fait qu'à la banque populaire du Zaire, l'opération et les formalités aurait duré quelques jours !!!
C'était ça le Zaire : la loi de la débrouille et de l'inventivité à tout va ! ...ça me plaisait bien !
Contact ! ok ça tourne bien ... le plein est fait ... allons-y sans oublier que la circulation à Kinshasa à ses règles propres : pour un européen, en cas d'accident mettant en cause des personnes ... surtout ne pas s'arreter, filer vers l'ambassade la plus proche, y demander asile et se mettre à l'abri ... ce n'était pas la première fois qu'un européen s'était fait quasi lyncher pour avoir
eu un petit accrochage avec un "local" !!!
Deuxième règle : éviter comme la peste tous les barrages de l'armée et de la police pour éviter de se faire rançonner ... en cas d'arret à un barrage, c'était le délestage complet ! Et avec la somme importante que j'avais sur moi, valait mieux éviter !!!
En plus, ils avaient un truc pas possible pour vous obliger à payer : si vous étiez seul dans la voiture, ils jetaient un flingue sur le siège du passager avant et gueulaient : "attention !!! il est armé !!!" ... c'était un truc à vous faire descendre avant meme de dire "ouf" (ou tidju !) - donc, précaution élémentaire : toujours avoir deux portefeuilles sur soi : le vrai qu'on cache autant que faire se peut, et un autre que l'on remet aux "autorités" pour qu'ils puissent y prélever leur dime !!!
Heureusement, je n'ai jamais été confronté personnellement à ce genre de situation...
L'après-midi touchait à sa fin ... je décidais ne pas aller à l'aéroport, mais de retourner au Memling pour aller me rafraichir ... de toutes manières, il y avait un trafic, ou plutot une cohue, qui m'empechait de rouler à plus de 10 kms/H !!!
Programme : douche...repos...diner avec François...repos et on verrait demain matin !!!
(à suivre ... ...)