L'ADSL, même à la sauce 2 +, vient de prendre un subit coup de vieux. Si l'on veut être bien branché, il faudra désormais l'être à la sauce FFTH (« Fiber to the home»

, le nec plus ultra en matière de débit. Au lieu de la petite vingtaine de mégabits théoriques par seconde (mbps), l'internaute pourra compter sur 50 mbps garantis et surtout symétriques, soit aussi véloce pour télécharger une vidéo que pour expédier sur l'Internet sa propre production. Free promet cette fibre-là en direct sur les premiers paliers dès le premier semestre 2007. Un débit porté à 100 mbps ensuite. Théoriquement, cette fibre est même capable, soutient Free, de supporter des débits jusqu'à 1,4 térabit/s (1 térabit = 1000 gigabits).
L'opérateur va débuter, en toute logique, par les zones denses. Paris, quelques communes limitrophes, et autant de grandes villes dans la foulée... Il déploiera à son rythme, mais prend l'engagement que le service sera accessible à 10 millions de Français (soit environ 4 millions de foyers) à l'horizon 2012. Xavier Niel, le propriétaire de Free, a les poches plutôt profondes. Il annonce sans sourciller un investissement global sur six ans de 1 milliard d'euros. Dont un petit tiers (300 millions) serait dépensé sur 2006/2007. La glissade du cours (-17%) au moment de l'annonce laisse de marbre le fondateur, qui dit «disposer d'une flexibilité unique pour ce type de déploiement» et qui fera les choses à son rythme et comme il les sent.
La facture est effectivement conséquente: autour de 1.500 euros par internaute fibré. C'est le coût des travaux de génie civil (la fibre va emprunter les égouts à Paris) et de son acheminement depuis le pied des immeubles jusqu'à chaque étage, via les gaines techniques, pour atterrir à l'entrée de chaque foyer (1). Dans cette facture, 350 euros représentent les derniers mètres et la fourniture de la Freebox.
L'OPA de Free sur la fibre a été soigneusement préparée. Création en février d'une petite société, PN, dédiée à l'accès Internet, siège assidu de la mairie de Paris lancée dans un pari ambitieux de Ville Numérique, négociations pour emprunter les sous-sols à bon prix.... Les annonces constipées d'Orange sur la fibre, en début d'année, semblent aujourd'hui singulièrement datées. Didier Lombard, le patron de l'opérateur historique avait annoncé alors un très beau réseau de fibre tirée jusqu'à la maison – 100 mbps de débit – mais un déploiement «pas avant 2008», pour un investissement «pas massif, mais progressif». Pour l'heure les tests se poursuivent sur 1.000 logements et la note mensuelle pour l'abonné à ce réseau véloce se chiffre à 70 euros par mois.
Et voilà que Free annonce qu'il fibre, tout de suite, et presque gratis. Le 50 mbps sera au prix de l'ADSL, à 29,99 euros par mois, et les abonnés à Free invités à basculer d'office sur la nouvelle autoroute, sitôt le logis câblé et sans bourse délier. Chez Orange, Louis-Pierre Wenes, directeur des activités opérationnelles sur la France, confie qu'il n'est pas sûr de bien comprendre l'annonce de son concurrent. L'opérateur va entreprendre de nouveaux tests courant 2007 afin d'être prêt pour un développement de masse pour 2008. Mais il se garde de chiffrer l'investissement.
(1) L'opérateur s'est fixé une règle pour décider quels immeubles seront précisément reliés: un seuil de 15 % d'abonnés chez Free rapporté à la base des seules lignes téléphoniques actives desservant l'immeuble. C'est très exactement le taux moyen de pénétration de Free, constaté en ce moment à Paris. Mais cela ne signifie pas pour autant que tous les immeubles seront fibrés. Sur le net, circulent déjà des listes de centraux téléphoniques, futurs points de départ du nouveau réseau.
Autre info :
La ville de Paris va se doter de 400 points de connexion Internet sans fil (wi-fi) gratuits : 300 dans des squares et jardins publics, et 100 dans des bâtiments publics. Un appel d'offres sera lancé pour cette fourniture d'accès, dont la mise en service est prévue au plus tard en juin 2007.
(Libé
