J'allais tenir le même discours que ZeBig.
Je ne crée pas de pubs mais j'en filme.
Avant d'en arriver là, vous n'avez pas idée du nombre de réunion avec le client, les créatifs (qui ne sont plus créatifs depuis longtemps), le comité de censure (c'est pas vraiment le terme, ils se définissent plus comme des contrôleurs de bienséance, ou une connerie comme ça), la réalisation et la production qu'il faut se taper. Ça se paluche pendant des plombes sur une couleur de t-shirt ou sur un meuble du décor (et sa contenance), mais ça palabre aussi sur ce qu'on peut, doit ou ne peut pas montrer à l'écran, dans un souci manifeste de ne faire aucune vague (dans quelque domaine que ça soit).
"Lapeyre, y en a pas deux" ça ne passe plus.
La meuf qui remue ses seins pour des cachous (ce qu'elle a pu m'émouvoir celle-là), ça ne passe plus. Même si, pour le coup, on tente toujours d'instrumentaliser le corps des femmes (les vieilles habitudes ont la vie dure).
Un mec dans un bagnole ? Il faut à tout prix que la ceinture de sécurité soit visible.
Un couple ? Autant qu'il soit mixte (jackpot pour le couple mixte de même sexe - souvent des femmes parce que des hommes, va comprendre, ça passe moins bien). On n'a pas encore réglé la problématique du couple d'origines différentes ayant des enfants d'une troisième origine, mais on y travaille.
Il y a 15 ans, je sais plus, je fais une pub pour un magasin en ligne de matériel de bricolage. Publicités essentiellement prévues pour le net. Impertinence à tous les étages. On vend une scie ? On filme un magicien qui coupe sa femme en deux. On vend des tronçonneuses ? Vous n'allez pas me croire mais vous me voyez arriver. Une forêt, de la brume et Leatherface qui débarque.
Ça on ne ferait plus maintenant. Scène violente, scène traumatisante, interdit au moins de 16 ans.
Parfois ça s'attache à des choses tellement insignifiante que ça en est épatant.
Pub pour un site de vente entre particuliers. La voiture du mec ne démarre pas, il la pousse mais rien à faire. Du coup, il trouve un boulot à la maison (demandez pas, je ne savais pas qu'on pouvait trouver du taff sur ce genre de site), il n'a plus besoin de sa voiture.
On ne peut pas montrer le type en train de pousser sa voiture sur la voie publique. Il est visiblement interdit d'être en panne sur la voie publique et de pousser sa bagnole au risque de troubler l'ordre. De plus, puisque sur l'espace publique, le type n'est pas dans une situation de sécurité.
Exit l'idée du réalisateur de faire ça devant un immeuble d'habitation, à moins que sur le parking aucun autre véhicule ne soit visible et qu'une signalisation indique que c'est une espace privé et privatif ou qu'un cordon de sécurité officiel, genre des flics, soit visible.
On a fini dans la cour d'une maison avec un type qui pousse sa caisse sur 2 mètres.
Voilà ce qu'est devenue la publicité, un espace où il faut respecter à la lettre toutes les lois, préserver le bien-être de tous les outragés et montrer patte blanche sur les diversités.
On ne va pas non plus s'en rendre malade de tristesse. La publicité n'est qu'une invention destinée à créer chez nous des besoins artificiels dans l'optique de nous faire dépenser notre fric.
On ne prend pas plaisir à les voir ? Qu'à cela ne tienne, puisqu'on ne peut pas l'empêcher, que l'on trouve d'autres expédients. On baisse le son, on profite pour jeter un coup d'œil ailleurs, on débarrasse la table, on se coupe les ongles, on va pisser.
Reste que hier soir, sur un feuilleton de 50 minutes j'ai eu droit à 7 coupures publicitaires. Et là, je ne sais pas avoir envie de pisser 7 fois en 50 minutes.