Oui, dit-il, à une Europe plus sociale et moins marchande. Un « oui » que je développerai en un « oui » à une Europe qui, sans se contenter de rivaliser avec les superpuissances et sans, pour autant, leur laisser le champ libre, devienne, dans l’esprit au moins de sa Constitution et dans sa pratique politique, un moteur de l’altermondialisation, son laboratoire, même, son pouvoir d’intervention, par exemple, en Irak ou dans le conflit israélo-palestinien.
Une Europe qui montre l’exemple de ce que peuvent être une politique, une réflexion et une éthique, héritières des Lumières passées et porteuses des Lumières à venir, capable de discernements non binaires.
Une Europe où l’on puisse critiquer la politique israélienne, et notamment celle de Sharon et de Bush, sans être accusé d’antisémitisme ou de judéophobie.
Une Europe où l’on puisse soutenir les aspirations légitimes du peuple palestinien à recouvrer ses droits, sa terre et un Etat, sans approuver pour autant les attentats-suicides et la propagande antisémite qui tend si souvent – trop souvent –, dans le monde arabe, à ré-accréditer le monstrueux protocole des sages de Sion.
Une Europe où l’on puisse simultanément s’inquiéter de la montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Sans doute, M. Sharon, avec sa politique, n’est-il ni responsable ni coupable directement d’un retour intolérable de l’antisémitisme en Europe. Mais on doit revendiquer le droit de penser qu’il n’y est pas pour rien, et qu’il y trouve quelque profit pour appeler les juifs d’Europe au retour en Israël.
Une Europe, enfin, où l’on puisse critiquer les programmes de MM. Bush, Cheney, Wolfovitz, Rumsfeld, sans complaisance pour les horreurs du régime de Saddam Hussein. Une Europe où, sans antiaméricanisme, sans anti-israélisme, sans islamophobie antipalestinienne, on puisse s’allier avec ceux qui, américains, israéliens, palestiniens, critiquent courageusement, et souvent avec plus de vigilance que nous, les gouvernements ou les forces dominantes de leur propre pays, et disent alors « oui » à tous les « oui » que je viens de rappeler.
Voilà ce dont je rêve. Je vous remercie de m’aider, non seulement à rêver ce rêve, à rêver, comme le dit Ramonet, qu’« un autre monde est possible », mais aussi à nous donner de la force pour tout faire pour qu’il devienne effectivement possible. Des milliards d’hommes et de femmes dans le monde partagent ce rêve. Lentement, avec les douleurs et les labeurs de la naissance, ils le mettront au jour, un beau jour.