La demeure du Chaos

rezba a dit:
Ah, on y est ! Not In My BackYard, comme disent les anglais.
Saint Romain est joli, typique, tout ce que tu veux. Enfin c'est pas une perle, quand même. J'ai vécu vingt ans dans les "pierres dorées", et il y a dans la vallée de l'Azergues des villages autrement plus beaux que Saint-Romain au Mont d'Or.

ça c'est sur ! ça fait d'ailleurs bizarre d'entendre parler de ma contrée natale dans un fil parlant d'art sur un forum d'origine suisse. Parenthèse fermée.

rezba a dit:
Si les habitants de St Romain pouvaient faire gicler Hermann, il le ferait. Sauf que le siège social de son groupe, Serveur, est à Saint Romain.... :D

Là est tout le problème si problème il y a ...

rezba a dit:
L'art ne dépend pas d'un point de vue esthétique. C'est là son paradoxe.

Il en découle quand même qu'il gêne et qu'il est bien difficile de parler de sa demaure du chao sans parler du bonhomme. Mais soit essayons, je me demande quand même si sa provocation première n'est pas d'avoir fait "son oeuvre" dans ce lieu là, dans cette région là. D'une c'était à ma connaissance, un patrimoine et beaucoup pensent qu'il l'a détérioré .... De deux, la région est frileuse en matière de "nouveauté". On est dans la région lyonnaise, assez bourgeoise et fière d'elle même et de son patrimoine, de sa tradition (enfin c'est ce que je ressens). Aurait il été autant remarqué vers Paris ou dans le Sud?
Cette demeure n'a pas l'air aussi chaleureuse que les autres en photos, avec couleurs chatoyantes ect... Ne serais ce pas un produit typiquement lyonnais ? Et par là ne serais t'il pas finalement complètement intégré dans le paysage psychologique de Saint Romain ? ....
 
boddy a dit:
Certe, mais l'art est fait pour être vu et non être imposé.
Je ne pense pas.
Si l'art ne dérange pas, est accepté par tous, bref est consensuel, est-ce encore de l'art ?
N'y a-t-il pas dans l'art une notion fondamentale de nature dérangeante*

Je me souviens de ma perplexité, au musée d'art moderne de San-Francisco, devant un immense rectangle noir avec une tâche rouge dans un coin.
Une partie de l'artistique de ce genre d'oeuvre n'est-il pas de me mettre (enfin moi... En tant que type lambda, pas moi en particulier) en face de questionnements sur l'art, sur le beau, sur l'utile ?

Si la beautée est dans l'oeil de celui qui regarde, l'art est dans son cerveau.

Alors, artistique la maison du chaos ?
Au vu des réactions qu'elle suscite, oui.
Faut-il pour autant ne pas l'abatre ?
Là, pas si sûr - si une composante de l'art est d'induire au questionnement, une autre à mon sens (désolé rezba) tient au beau.
La regarder comme une oeuvre éphémère - mais une oeuvre d'art a-t-elle vocation à durer ?

Domage collatéral : comment distinguer l'artiste du fumiste, du roublard habile déguiseur de n'importe quoi ?

Je ne sais pas.

* je ne parle pas de provocation. Il ne suffit pas de "choquer le bourgeois" pour être un artiste. Je parle de cette propriété de certaines oeuvres de vous forcer au questionnement, de vous sortir des ornières quotidiennes.
 
rezba a dit:
Ah, on y est ! Not In My BackYard, comme disent les anglais.
Saint Romain est joli, typique, tout ce que tu veux. Enfin c'est pas une perle, quand même. J'ai vécu vingt ans dans les "pierres dorées", et il y a dans la vallée de l'Azergues des villages autrement plus beaux que Saint-Romain au Mont d'Or.
Mais la question n'est même pas là. L'art se pose où il veut.
Ben a posé sa maison où il voulait. Ben est un artiste, on ne lui reproche pas de vivre en artiste. Et puis, Ben est consensuel, grahiquement parlant.
Danielle Jacqui, à Roquevaire, est aussi consensuelle, à sa façon. Même si elle a du batailler dur pour se faire accepter. Mais aujourd'hui, le festival dont sa maison est le pivot attire du monde. Et Roquevaire ne s'en plaint pas.
Si les habitants de St Romain pouvaient faire gicler Hermann, il le ferait. Sauf que le siège social de son groupe, Serveur, est à Saint Romain.... :D
Ils sont tellement énervés qu'ils n'arrivent pas à profiter des 120 000 visiteurs que la maison attirent à l'année...

Si l'art ne doit vivre que dans les lieux artistiques, alors il n'est qu'une branlicotade de plus. L'art existe là où il est. La maison Picassiette, tous les voisins trouvaient ça au pire laid et inutile, au mieux loufoque et charmant. Aujourd'hui, elle est dans le livre d'éducation civique de ma fille, au chapitre Protection du Patrimoine, à côté de la cathédrale de Chartres.

L'art ne dépend pas d'un point de vue esthétique. C'est là son paradoxe.

En gros, n'importe quelle production un peu décalée serait de l'art dans la mesure où elle pourrait rapporter un peu d'argent à la commune qui l'abrite... Tout sauf l'uniformité, en somme ?
Sérieusement, je ne pense pas que le problème ou la solution soit là. Si l'art existe là où il est, il existe surtout dans la mesure où celui qui crée ne saurait vivre sans cela et là ce n'est pas une question d'argent. Or, le problème avec Ehrmann (même si les noms n'ont pas d'orthographe, apparemment celui-ci s'écrit comme ça) c'est que sa maison ne semble pas être de l'ordre de cette nécessité là. Ça sent trop le marketing genre Disneyland version gore.
 
TibomonG4 a dit:
Ce fut l'objet d'un reportage, il y a quelque temps. Il faut dire que c'est assez gore et que les habitants du petit village sont des personnes d'un certain âge. Je comprends qu'elles puissent être choquées par certaines "sculptures", sachant quel est leur vécu.
D'un point de vue artistique, au début dudit reportage, j'ai hésité entre folie créatrice et fumisterie, j'emploie le terme "fumisterie" pour éviter de faire une entorse à la charte. Après avoir entendu les propos du personnage, j'ai opté pour la deuxième option. Mais je comprends qu'on puisse ne pas être de mon avis. ;)

J'ai vu ce reportage et je suis de ton avis. J'ai trouvé le personnage détestable, l'esthétique fortement discutable et le concept peu convainquant. :D

Ça ramène au problème de l'art dans la rue. Sortir l'art d'un certain élitisme et permettre à tous de pouvoir y accéder, soit, mais peut-on le faire au mépris des lois et sans concertation préalable.
Jusqu'où peut-on imposer aux autres ses propres choix esthétiques au nom de la liberté artistique ? L'art peut-il être considéré dans certains cas comme un acte de violence, une agression ?

Finalement, ces questions rejoignent aussi celles qui ont pu secouer l'actualité autour de la liberté d'expression ou de la laïcité...

Et pour quitter l'art et revenir un peu sur le terrain de l'urbanisme, quid du chaos qui borde la plupart de nos villes, désidentifiées dans un fatras globalisant de panneaux, d'enseignes, de palettes et de tôles ondulées standardisées...
Peu d'élus s'en indignent. ;)
 
En fait le problème du garçon, c'est que d'un coté j'ai une approche de l'art totale à savoir que toute entrave à l'art le rend par définition mineur, prisonnier et donc dénaturé, bref brisé et sans message.
Si j'applique donc ce raisonnement à notre ami, il est donc libre de faire ce qu'il veux étant donné que cette liberté est le fondement même de sa création.

Maintenant si je tempère cette position par mes gouts personnels, je n'aime pas ce qu'il fait car la provocation prends le pas sur l'expression, la forme prends le pas sur le fond, le vecteur sur l'idée.

Sur ce immédiatement je modère ma pensée en me faisant remarquer que je suis le propre censeur de mes convictions, voir même que mon esprit n'est pas assez ouvert pour apprecier cet art qui peux tout simplement être trop en avance sur son temps, et l'art peux n'être que le vecteur sans necessairement avori de sens premier, c'est ça l'idée d'ailleurs dans ce cas.

Cette modération aboutissant à un renvoi vers une ouverte totale de l'art, bref je tourne en rond.

Afin donc que les choses soient carrées il faut arreter de tourner en rond, et donc par pur autoritarisme envers moi même je pense donc que sur le coup notre ami, il en fait un peu trop

moaaaaala :D
 
naas a dit:
En fait le problème du garçon, c'est que d'un coté j'ai une approche de l'art totale à savoir que toute entrave à l'art le rend par définition mineur, prisonnier et donc dénaturé, bref brisé et sans message.
Si j'applique donc ce raisonnement à notre ami, il est donc libre de faire ce qu'il veux étant donné que cette liberté est le fondement même de sa création.

Dis donc, ça pourrait mener loin, ta conception de l'art, le jour où un quelconque Benlavelinge se prendra de l'idée artistique de remodeler une rame de métro façon RER station St Michel, on risque de voir arriver des tas de gens qui ne "comprennent rien à l'art" :siffle: :rolleyes:
 
petites précisions
- le gars s'appelle pas Herman mais Thierry Ehrmann
-Quelque soit sa démarche ( ou sa technique de com ) c'est aussi un homme d'affaires:
il est pété de fric ( il fut un moment classé dans les 500 premières fortunes professionnelles de France)
A une époque Bernard Arnault( LVMH)- par ailleurs amateur d'art contemporain et mécène- était actionnaire d'Artprice et au conseil d'administration ( il l'est peut être toujours)


et un détail
il y a persistance de la comparaison entre les démarches du facteur Cheval et celle d'Erhmann ou plus exactement de leurs perceptions par... les journalistes
( dont apparement fort peu ont ne serait ce que parcouru une quelconque " histoire de l'art" chapitre Art Brut ) :mouais:
Cheval était un petit employé fauché autodidacte, rien n'indique une recherche volontaire de la provoc
( en passant, à son époque, le Ministère de la Culture n'existait pas, c'est venu plus tard, sous les impulsions d'Anthonioz et Malraux)
Erhmann lui c'est plus compliqué ( et fait intervenir plusieurs artistes)

Est ce de l'Art ou du cochon?
( oui je sais , facile mais j'avais envie) :D
Débat sans fin
Ce qu'on remarque c'est que ca fait réagir
Ce qui pour certains peut faire partie des objectifs de la démarche, que celle ci soit artistique ou... commerciale.:D
 
pascalformac a dit:
" histoire de l'art" chapitre Art Brut ) :mouais:

Est ce de l'Art ou du cochon?

Les chapitres dont tu parles de l'histoire de l'art (quel ouvrage d'ailleurs) sont-ils pour toi l'ultime légitimation de l'oeuvre d'art. Ou plutôt : faut-il s'inscrire dans l'histoire de l'art (officielle ou non, mais en tout cas reconnue ou écrite par des historiens, spécialistes de l'art reconnus) pour qu'une création soit considérée comme de l'art ??

Bref, pour revenir au fond (à ce que je pense être le fond du débat, mais les avis peuvent diverger bien sûr;) ) : qu'est ce qui fait qu'une oeuvre, objet, création, geste etc... est considérée comme une oeuvre d'art ? Deuxième question : à partir de quel moment peut-on considérer qu'une "oeuvre", objet ou bâtiment, fait parti du patrimoine et doit être à ce titre protégé?
 
c'est exactement ca
Qu'est ce qui définit l'art?
Qui légitime?
Et concernant la protection-préservation idem

J'ai pas de réponse, c'est un débat qui dure depuis la nuit des temps, et je ne crois pas qu'l existe une réponse universelle.
(Tant mieux d'ailleurs)
 
pascalformac a dit:
c'est exactement ca
Qu'est ce qui définit l'art?
Qui légitime?
Et concernant la protection-préservation idem

J'ai pas de réponse, c'est un débat qui dure depuis la nuit des temps, et je ne crois pas qu'l existe une réponse universelle.
(Tant mieux d'ailleurs)

D'ailleurs les Bouddhas de Bâmiyân ne se posent plus la question.
 
pascalformac a dit:
Erhmann lui c'est plus compliqué ( et fait intervenir plusieurs artistes)
Pour tout vous dire, derrière le peu d'intérêt artistique que je trouve dans sa démarche, je suis profondément intéressé par sa posture.
Erhmann est riche. Très. Il décide de se proclamer artiste. Et mécène d'artistes. Car effectivement, il invite dans sa "demeure" de nombreux artistes "patentés". Récemment, il co-organisait une des soirées des Nuits sonores. Il avait fait venir une bonne vingtaine de membres de la crème mondiale des taggeurs-grapheurs.
Bref, il est riche, et n'a besoin de personne pour financer ses projets. Il est à la fois le créateur et le mécène.
Donc il se place hors de la logique qui est celle de l'Etat culturel depuis Malraux, justement. Il n'a pas besoin de l'imprimatur ministérielle, il n'a pas besoin de passer par "l'administration du beau et du bien" pour se faire reconnaitre dans le champ artistique.
Et en faisant ça, il dynamite le système de reconnaissance de la création artistique.

Et comme il ne s'arrête pas là, et qu'il a les moyens d'appuyer là où ça fait vraiment mal, il ne se contente pas de mettre en question la labellisation artistique officielle, il s'attaque au patrimoine et à l'urbanisme. Il ne veut pas que sa maison soit classée, elle serait figée. Il veut que le juge reconnaisse la démarche créatrice, et l'exempte des regles de l'urbanisme, comme le Ministère de la Culture s'exempte des règles patrimoniales et urbanistiques lorsqu'il le souhaite (Beaubourg est construit en contradiction avec toutes les règles d'urbanisme et de protection du patrimoine, par exemple. Et la fontaine de Nikki de Saint Phalle qui est devant aussi. Et le dôme de l'Opéra de Lyon, et tant d'autres....).

Il pose donc une question vitale : un artiste qui ne dépend pas des subsides du Ministère de la Culture a-t-il les mêmes droits qu'un artiste qui en dépend, qui lui doit son existence matérielle ?
 
TibomonG4 a dit:
D'ailleurs les Bouddhas de Bâmiyân ne se posent plus la question.
Ainsi que pas mal d'autres oeuvres détruites au cours des siecles lors de guerres pillages etc.
( par accident , ignorance , ou pire sciemment )
 
rezba a dit:
Bref, il est riche, et n'a besoin de personne pour financer ses projets. Il est à la fois le créateur et le mécène.
Donc il se place hors de la logique qui est celle de l'Etat culturel depuis Malraux, justement. Il n'a pas besoin de l'imprimatur ministérielle, il n'a pas besoin de passer par "l'administration du beau et du bien" pour se faire reconnaitre dans le champ artistique.
Et en faisant ça, il dynamite le système de reconnaissance de la création artistique.

:heu: Il ne faut rien exagèrer quand même ! Se faire reconnaître en payant, il n'y a que lui pour croire que c'est de la reconnaissance :D Un artiste qui paye lui-même son exposition n'est par définition par moins valable qu'un autre sans doute, je te le concède, mais je ne me demande pas pouquoi Lulu.com a du succès auprès des écrivains du dimanche. S'il est reconnu uniquement par ses invités, je ne vois pas en quoi il est reconnu ! :D

rezba a dit:
Et comme il ne s'arrête pas là, et qu'il a les moyens d'appuyer là où ça fait vraiment mal, il ne se contente pas de mettre en question la labellisation artistique officielle, il s'attaque au patrimoine et à l'urbanisme. Il ne veut pas que sa maison soit classée, elle serait figée. Il veut que le juge reconnaisse la démarche créatrice, et l'exempte des regles de l'urbanisme, comme le Ministère de la Culture s'exempte des règles patrimoniales et urbanistiques lorsqu'il le souhaite (Beaubourg est construit en contradiction avec toutes les règles d'urbanisme et de protection du patrimoine, par exemple. Et la fontaine de Nikki de Saint Phalle qui est devant aussi. Et le dôme de l'Opéra de Lyon, et tant d'autres....).

Il pose donc une question vitale : un artiste qui ne dépend pas des subsides du Ministère de la Culture a-t-il les mêmes droits qu'un artiste qui en dépend, qui lui doit son existence matérielle ?

Pour la réponse, voir plus haut ;) Non, dans la mesure où son auto-financement ne lui donne aucune autre légitimité que la sienne propre et cela ne suffit pas.
 
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Réactions: Jean-ClaudeVanDamme
vous êtes tous les deux dans le vrai
-Avoir la reconnaissance de piques assiettes n'est pas le nec plus ultra
( seraiit-ce la reconnaissance du ventre ? :D )

-Cette démarche déborde le cadre institutionnel classique et par certains cotés met les pieds dans le plat ( de mignardises culturo mondaines " entre -nous") du systeme tout en l'utilisant ( technique classique d'agit prop)



D'ailleurs c'est quoi la vraie reconnaissance?

On retombe, de fait, sur la question épineuse de la définition d'une oeuvre...
 
Roberto Vendez a dit:
.... plein de trucs interessants....
En fait depuis je crois la naissance de l'art, il y à provocation, (sauf peut être dans les arts premiers, ou ce n'est même pas considéré par l'artiste comme art mais simplement comme expression, vecteur de communication au même titre que la parole ou les écrits.)
maintenant est ce que la provocation est voulue et source de l'oeuvre, j'en doute, je penche plutôt qu'elle est la conséquence d'un esprit ouvert, différent et qui donc de fait devient provocante, la tour eiffel, les tableaux bleus de klein, l'infante de picasso etaient provocants, de par leur existence, résultat d'un cheminement intelectuel plutôt qu'un but premier (enfin amha).


Roberto Vendez a dit:
A partir de là, le champs est vaste, et l'art contemporain sera toujours confronté à des profanes crispés et obtus balayant toute idée de débat vu que Picasso c'est un monospace climatisé et que Picasso le peintre y savait pas dessiner et que ma fille de quat' ans e' fait pareil.
:afraid:
:D:D:D
:D :D :D oui j'en ai beaucoup des comme ça autour de moi, tiens sert moi en un autre garri :D


Roberto Vendez a dit:
Concernant l'Art et l'urbanisme, si vous saviez les ennemis que peut avoir encore aujourd'hui la Maison Radieuse de Le Corbusier à Rezé près de Nantes... !
:rolleyes:
elle est surnomée la maison du fada à marseille, mais maintenant il y a la queue pour y vivre dedans, le corbusier à réalisé à glasgow deux batîments, l'un des deux abrite l'ecole d'architecture, on y retrouve la cheminée de bateau au sommet et les elèves y tiennent à leur building.

En fait tout le monde pensait que le corbusier réalisait des batîments, quand lui contruisait des paquebots posés dans la ville, allégorie de la mer pour ses batîments de béton.
 
rezba a dit:
Pour tout vous dire, derrière le peu d'intérêt artistique que je trouve dans sa démarche, je suis profondément intéressé par sa posture.
tout pareil

Erhmann est riche. Très. Il décide de se proclamer artiste. Et mécène d'artistes. Car effectivement, il invite dans sa "demeure" de nombreux artistes "patentés". Récemment, il co-organisait une des soirées des Nuits sonores. Il avait fait venir une bonne vingtaine de membres de la crème mondiale des taggeurs-grapheurs.
Bref, il est riche, et n'a besoin de personne pour financer ses projets. Il est à la fois le créateur et le mécène.
il s'inspire en cela par exemple de ce que les époux maeght, qui eux aussi étaient riches on fait dans le sud de la france, la où je vois divergence, c'est dans le manque d'inspiration artistique qui induit par un jeu de balance une exageration de la provocation, en d'autres termes , le manque de démarche artistique, de créativité, de vrai talent, fait naître une surenchère visuelle qui conduit à cette maison du chaos.
dans la maison des maeght il y avait une vraie experience artistique, un moment unique pour beaucoup d'artistes, qui par le confort matériel apporté par l'accueil des maegt on pu pleinement s'exprimer délivré des contraintes quotidiènnes, (un rapport mecène artiste somme toute, commes l'etaient les chatelains avec les troubatours et autres voyageurs)

mais ces mécènes apportaient le logis et couvert, l'artiste produisait pour prendre une image quelque peu moyenageuse, dans le cas présent, les artistes présent servent un dessein, celui de leur mècéne, à force de diriger la liberté vers le chaos, l'on aboutit à l'ordre, je peindrais bien une nature morte, ou un champs de tournesol sur sa maison moi :p


...Donc il se place hors de la logique qui est celle de l'Etat culturel depuis Malraux, justement. Il n'a pas besoin de l'imprimatur ministérielle, il n'a pas besoin de passer par "l'administration du beau et du bien" pour se faire reconnaitre dans le champ artistique.
Et en faisant ça, il dynamite le système de reconnaissance de la création artistique.

Et comme il ne s'arrête pas là, et qu'il a les moyens d'appuyer là où ça fait vraiment mal, il ne se contente pas de mettre en question la labellisation artistique officielle, il s'attaque au patrimoine et à l'urbanisme. Il ne veut pas que sa maison soit classée, elle serait figée. Il veut que le juge reconnaisse la démarche créatrice, et l'exempte des regles de l'urbanisme, comme le Ministère de la Culture s'exempte des règles patrimoniales et urbanistiques lorsqu'il le souhaite (Beaubourg est construit en contradiction avec toutes les règles d'urbanisme et de protection du patrimoine, par exemple. Et la fontaine de Nikki de Saint Phalle qui est devant aussi. Et le dôme de l'Opéra de Lyon, et tant d'autres....).

Il pose donc une question vitale : un artiste qui ne dépend pas des subsides du Ministère de la Culture a-t-il les mêmes droits qu'un artiste qui en dépend, qui lui doit son existence matérielle ?
Il est possible aussi dans sa démarche logique de provocation, qu'étant lassé de voir sa provocation rangée comme futur détour dans un guide touristique quelconque il ai voulu franchir les limites physiques de sa résidence pour etendre sa démarche à la rue et rendre vivante la provocation, comme une coulée de lave maitrisée que les touristes peuvent photographier avec le volcan en arrière plan, et quelques souvenirs en plastique pour la famille, je caricature mais beaucoup d'oeuvres finissent de la sorte.
Il à alors prolongé la coulée de lave en dehors de son lit et déboule dans la ville qui de facto se sent menacées, la menace etant amha le but premier de sa démarche