A
Anonyme
Invité
J'hésitais depuis longtemps à ouvrir ce fil.
Je me demandais s'il était justifié, si je ne serais pas déçu (malgré que j'en aie, il m'arrive encore de l'être) et si ce que j'en espère n'a pas naturellement sa place dans "Kelle musik écoutez vous donc ?". Mais je suis toujours frustré à la lecture de ce dernier sujet parce que, c'est très personnel bien sûr, je m'intéresse moins à ce qu'écoutent les autres qu'aux conditions dans lesquelles ils écoutent la musique et à l'effet qu'elle produit sur eux. Et puis, hier soir, une discussion avec un gamin et un message de Philippe m'ont décidé. Alors voilà.
Je vous ai déjà parlé du carbone ? supermoquette vous en parlerait sans doute mieux que moi, il en parle vachement bien. C'est marrant le carbone. Dans des conditions normales, c'est du graphite, un machin noir et luisant qui salit quand on le touche. À très haute pression, ça cristallise et ça donne un truc pas banal, le diamant, un autre machin mais transparent cette fois, très dur et qui a une propriété bizarre : c'est le seul minéral foutu de se consumer entièrement. Bien sûr, là je fais mon malin, mais Wikipédia m'a bien aidé sur ce coup-là. Bref.
Vous vous demandez sans doute où je veux en venir avec mes histoires de carbone... Quel rapport avec la musique ? Je vous rassure tout de suite : il n'y en a aucun. Ou plutôt si, un peut-être, là, dans ma caboche.
Vous voyez, pour moi, le carbone et le silence, c'est pareil. À l'état normal, le silence c'est du bruit. Les grillons qui stridulent dans la nuit en été, les oiseaux qui piaillent le matin, le métro, les voitures, le vent et, dans le meilleur des cas, le sang qui coule dans mes tempes. Toutes ces choses et tant d'autres habitent le silence de ceux qui entendent. Et puis, parfois, grâce à des outils spéciaux, des instruments, l'air vibre et cristallise, et ça donne un truc pas ordinaire, ça fait de la musique. Parce que c'est ça pour moi la musique, c'est du silence habité par la grâce, c'est l'aménagement subtil des vibrations de l'air.
Je ne suis pas sûr d'être très clair, mais c'est pas grave. Ce que j'essaye de vous dire c'est que, de toute manière, la musique, quand on l'écoute, quand on l'écoute vraiment, c'est un rapport intime au monde et un moment où l'éphémère inconsistant bouleverse les repères de la matière vivante, bouleverse mes repères. Ce qui est le propre de l'art, non ?
Alors, sans trop vous commander, j'aimerais bien que vous me racontiez ce qu'elle vous fait la musique quand vous n'écoutez qu'elle, ce qu'elle vous raconte sur vous-mêmes, sur le monde, sur le temps qui passe et sur celui qui vient. Parce que bon, écouter truc ou machin, c'est bien joli (c'est vrai que c'est bien joli), mais il doit bien y avoir une raison. Une raison parfois plus profonde, plus intime que le simple "j'adore, ça me plaît, ça me botte..." Des fois c'est juste ça, mais des fois non. Et ça me plairait bien que vous me disiez vos des-fois-non. C'est tout et ça reste entre nous.