Ecrire est une drogue dure. A forte accoutumance. Le manque se traduit parfois par une nécessité compulsive d'aligner des mots. En effleurant un clavier, en grattant du papier.
Longtemps je me suis posé la question de savoir ce qui poussait la plupart d'entre nous à fréquenter les lieux. La convivialité ? La solitude ? La générosité ? Les liens tissés au fil du temps ? Le miroir des autres ? Un peu de tout ça, certainement. Mais aussi un vrai appétit d'écriture, assurément.
Nul besoin d'être un athlète en la matière.Le floodeur, le commentateur, l'esthète ou l'insouciant du Bescherelle, tous finissent par se côtoyer. Pas toujours par s'entendre, ni se comprendre, pas tout le temps par s'écouter. Mais ça cohabite. Et ça cohabite à travers des mots. Et quelques smileys, il faut bien que les infographistes s'expriment, eux aussi...

Vu dans cette perspective, peu importe le nombre de mots alignés, ni leur sens. Communiquer c'est être. C'est le sens du flood. Le flood est au bar ce que le tag est aux murs de la ville : une énième façon de marquer un territoire, ou d'exprimer son existence à travers des formes qui, pour être dérisoires, n'en sont pas moins la manifestation humaine d'un comportement profondément animal, du même type que celui qui fait que les chiens pissent à chaque coin de rue.
Parler pour ne rien dire, c'est déjà parler, donc. Et rentrer en interaction. Ou, plutôt essayer.
Est-ce plus difficile que de le faire en écrivant des phrases dont la syntaxe ou l'orthographe insultent la mémoire de Grévisse et de ses potes académiciens ? Oui et non. Il est plus difficile de se faire comprendre. Mais lorsque la vie nous a privé du temps et du confort nécessaire au rude apprentissage du français, savoir forcer cette porte et s'exprimer nonobstant ses handicaps finit par être admirable.
J'admire toys, le saviez-vous ? Je le tolère au plus haut point. Comme j'apprécie un beau floodeur comme stook. Et que je ne l'aime pas moins. Je suis aussi compulsif qu'eux.
J'écris par besoin. Et donc par période, ici.
Mon sale cerveau ne me laisse pas souvent tranquille. Je suis malade de ma propension à rationaliser le monde. Et il m'arrive parfois de penser à plusieurs choses à la fois. La machine, interface entre ce que je suis et ce que je montre, et porte d'entrée vers ce savoir infiniment cumulable, constitutif et constituant du réseau numérique, me permet d'assouvir une nécessité de comprendre qui ne connaît désormais que peu de limites. Qui, en tout cas, accélère le temps et réduit les distances.
J'ingurgite. Je régurgite. Comme en une thérapie désordonnée. Ecrire me permet d'évacuer. Et me donne l'espoir de partager un peu.
The Black Rebel Motorcycle Club s'insinue entre mes oreilles. Ils sont les derniers représentants de ce rock'n roll à trouver grâce à mes yeux. Ecouter les guitares claires et obscures de
Salvation ramène dans mon cortex les images de Nine Songs, ce beau film de Michael Winterbottom, d'une puissance toute érotique.
Après, après je vais revoir
Powaqqatsi sur l'écran de l'alu.
Sorcerer's life. La vie en équilibre. La vie entre la terreur et la paix. La vie entre l'amour et la haine. L'existence sur le fil d'un rasoir, l'histoire en bascule.