(suite ... ...)
Nous venions de démarrer ... elle ouvrit son sac et en sortit délicatement un baton de rouge à lèvres qu'elle passa consciencieusement sur ses lèvres humides ! Lorsqu'elle rabatta le pare-soleil, elle fut visiblement désappointée de ne pas y trouver de miroir de courtoisie !
Elle se tourna vers moi et me dit : "ça va comme ça ?" - les lumières vascillantes de la ville et les reflets dans le pare-brise donnaient à ses lèvres un éclat à la fois pourpre et mordoré ...
Elle tendait sa bouche attendant ma réponse - je lui répondis : "c'est très bien !" alors qu'en moi-meme, je pensais : "elles sont merveilleuses !".
Nous roulions depuis une bonne vingtaine de minutes.
Au fur et à mesure que nous approchions de la Cité, la circulation se faisait plus dense ... il régnait dans l'air moite une certaine ambiance électrique et le vent s'était fait plus pressant faisant trembler la cime des arbres ... j'avais maintes fois constaté qu'en certaines périodes, ce vent qui se levait subitement pour s'arreter presque aussitot était annonciateur de pluie... une pluie violente et de courte durée, à la fois tiède et rafraichissante, douce et purificatrice en meme temps...
Les premières gouttes apparurent sur le pare-brise ... je pensais : "purée, ça va pas etre coton de conduire avec un seul essuie-glace !!! Pourvu qu'on arrive bientot...!"
Cathy était silencieuse, les yeux dans le vague ... elle fixait la route comme si elle y voyait son destin défiler...Elle me demanda une cigarette !
Les volutes de fumée emplirent l'habitacle et entourèrent son visage d'un halo bleuté du plus bel effet...
La pluie était devenue extremement violente et les bourrasques se succédaient ...
Les piétons s'étaient mis à l'abri ou ils pouvaient ... certains se recouvraient meme la tete de leurs sacs en plastic pour se protéger ... d'autres utilisaient leur journal ... c'était marrant cette cohue...
Une légère brume montait du sol qui, à cette heure était encore brulant...j'étais bien !
Je décidais toutefois de m'arreter en attendant que la pluie s'arrete ... en effet, plus moyen de discerner quoi que ce soit au travers du pare-brise balayé par un seul essuie-glace ... et encore, quel essuie-glace !!!
Je m'arretais à l'extrémité du Boulevard du 30 juin, là ou l'asphalte laisse la place à la piste...
Je stoppais le moteur ...
Cathy me regarda et dit d'une voix suave : "c'est la saison ... ça va pas durer ... en tout cas, pas plus de 10 minutes..." - ses yeux brillaient ... elle était sereine comme ces personnes qui vivent au jour le jour et pour qui l'avenir n'est pas plus lointain que demain...
Comme j'aurais voulu etre comme ça ...!
Elle me dit : "Mais qu'est-ce que tu vas faire chez Mombassa ...? C'est plutot un lieu mal fréquenté et on n'y voit pas beaucoup d'européens !" - Je lui racontais mon histoire en occultant quelques passages ... Elle riait en disant : "arrete tes histoires, et avoue que tu vas chez Mombassa pour les filles !" - Je lui répondis que non ! Je devais rencontrer Simon ... c'était tout ! Point à la ligne...
Elle haussa les épaules et ouvrit sa fenetre ... la nuit était redevenue silencieuse ... le calme après la tempete dit-on communément ! J'avais pourtant la sensation que la tempete ne faisait que commencer pour moi ...
On redémarra et elle m'annonça que le troquet de Mombassa se trouvait à quelques minutes d'ici ...
Je lui proposais d'aller la conduire chez elle, dans la cité ... son regard se ferma et elle m'avoua qu'il était très mal vu de se balader avec un "blanc" dans ce territoire fermé ... question de réputation ajouta t'elle prestement.
"C'est ici ! Arrete-toi" me dit-elle !
Effectivement, je reconnus "l'établissement" de Papa Mombassa comme on l'appelle ici ... une grande cabane avec un toit en tole ondulée, une pub de Coca-Cola sur la façade et un néon qui avait du fonctionner il y a quelques années et qui clignotait misérablement une fois toutes les 10 secondes...
Le parking était un bourbier infame et je décidais d'aller me garer ailleurs, suivi par une meute de gamins prets à me garder la bagnole comme c'est la coutume en Afrique...
"Je viens avec toi chez Mombassa ! Si, bien sur ça ne te dérange pas !" me dit Cathy, très sure d'elle...
"Sans moi, c'est simple, tu passes pas la porte !" ajouta t'elle en souriant !
C'est vrai qu'en voyant la vingtaine de types qui squattaient la porte d'entrée, j'aurais été plus rassuré qu'elle soit avec moi.
Je stoppais la voiture tandis qu'elle en était déja descendue ... je la vis arriver vers moi, boubou retroussé jusqu'aux genoux pour ne pas le salir...
Je désignais 4 "gardiens de voiture" parmi les gosses, et je leur promis une bonne récompense si je la retrouvais en bon état ... enfin, en bon état, c'est beaucoup dire ... tout au moins dans le meme état !
Cathy s'avançait et lorsque j'arrivais à son hauteur, elle me prit par le bras : "c'est mieux comme ça !" me dit elle !
L'ambiance était étrange : d'une part, le calme de la foret et de la piste qui s'enfoncait dans la nuit, et de l'autre coté, le boui-boui de Mombassa qui résonnait de cette musique zairoise si typique qui, sans que vous vous en aperceviez, vous faisait marcher en dansant...et au milieu de tout ça, Cathy et moi !
Le groupe devant la porte s'écarta ... j'entendis bien quelques : "Hé, salut Cathy !" bien grivois, mais rien de plus...je me sentais comme "transparent"...
Elle poussa la porte et s'écria : "Hé ! salut tout le monde ....!" - l'intérieur du "bistrot" était indescriptible (mais j'essaie quand meme !) : bourré de monde, une vingtaine de petites tables avec pour seuls sièges des bacs de bière vide, les éternels ventilos, des néons blafards en pagaille, quelques néons de style "lumière noire" qui donnaient aux habitués un étonnant teint de cendre froide...et qui illuminaient les chemises blanches... et l'orchestre, 6 zairois qui chaloupaient et dansaient sur la scène improvisée au son de leurs guitares, batterie et trompettes...
Cathy fendait la foule et s'approcha d'un gars aux cheveux gris, bedonnant en diable, la soixantaine bien tassée, une bouteille de "simba" à la main...
"Viens ! je vais te présenter Papa Mombassa..." me dit-elle l'air enjouée...
(... ... à suivre)