À loccasion de son trentième anniversaire lassociation de « Ceux qui auraient pu le faire et ne le feront jamais » avait organisé une journée culturelle.
Le matin serait consacré au choix du programme de laprès-midi. Ensuite un restaurant était prévu, avec boissons à volonté.
Au bout de 3 bonnes heures et maintes tergiversations, il fut décidé daller visiter le Nouveau Musée, dont linauguration avait eu lieu deux semaines auparavant en présence de toutes les huiles de la ville.
Les cars étaient garés juste devant le restaurant, il ne nous restait plus quà nous y engouffrer.
Arrivés au Nouveau Musée, nous nous précipitâmes tous vers les toilettes, ce fut une belle pétaudière, Ginette brandissait fièrement sa carte de priorité, Gaston narrêtait pas de sauter dun pied sur lautre écrasant au passage ceux de ses proches voisins. Le bruit ininterrompu des chasse deau nous laissait croire que nous étions aux chutes du Niagara.
Enfin quand tout fut fini, les mains lavées, séchées et les esprits soulagés, nous pûmes commencer la visite.
La première salle offrait cette particularité singulière et rare quelle était plongée dans lobscurité la plus complète, on entendait des jurons fusant de toutes parts, où sont mes lunettes hurlait Gaston, pendant que Ginette essayait de craquer une allumette sur la veste de son voisin de gauche.
Tout doucement dénormes spots sallumèrent nous aveuglant sans pitié, une musique psychédélique accompagnait cette illumination.
On distinguait avec peine les paroles que déversait une chanteuse à la voix de casserole, célèbre interprète de « Ferme bien la cocotte-minute, chéri ».
Quand nous fûmes enfin habitués à cette lumière, et pûmes ouvrir les yeux, nous découvrîmes un spectacle grandiose. La pièce était vide, rien, pas un tableau, pas une vitrine, aucune sculpture, ni quoique ce fût qui put assouvir nos esprits assoiffés de connaissances. Un énorme « Ah » jaillit dans un brouhaha dextase, nous étions confondus de stupeur. Il nous fallut une heure et demie pour découvrir toute la splendeur de ce vide, le néant élevé au rang des uvres les plus prestigieuses de notre patrimoine culturel mondial, international et même régional.
Soudain, une voix, sortie dun haut-parleur, nous intima lordre de continuer la visite.
La seconde salle nous offrit un spectacle tout aussi surprenant et réjouissant que la première. Les murs étaient recouverts de peinture, moitié acrylique, moitié laque du plus bel effet. 1293 tableaux y étaient accrochés, tous représentaient des potirons, des gros, des petits, des moyens, des coupés en rondelles, en cubes, en lamelles, en étoiles, en tétraèdres. Certains étaient représentés vus de dessus, dautres de dessous, le peintre avait poussé son art jusquà en écraser un vrai sur la toile. Cétait spectaculaire. Jentendis Ginette murmurer à loreille de Gaston, « Cest de Van Gogh ».
Nous continuâmes notre visite, découvrant tour à tour, des collections privées douvre boîtes, de vieilles piles neuves, une superbe sculpture de Radin trônait au milieu dune immense salle qui était à lorigine destinée à recevoir lunique exemplaire dune uvre tout aussi unique quinexistante, une représentation originale dune copie illégale dun CD de Richard Clédermane avait été exposée dans une vitrine provenant de chez Conforama.
Il commençait à peine à faire 23 heures quand un gardien fit son apparition. Il sappelait de la Pieuvre, cétait marqué sur létiquette accrochée à sa veste. Je trouvais étrange de donner un nom de mollusque à un gardien de musée, mais comme le dit la célèbre citation : « On ne choisit pas sa famille ».