thebiglebowsky a dit:
Qu'importe l'heure, il faut que je trouve un endroit ou il y a du monde et toutes les excuses sont bonnes pour au moins discuter avec quelqu'un et me sortir de cet état de léthargie déprimante qui me saute dessus
Les soirs où l'avenir est bien moins beau qu'un 11.43 tout neuf qui ne demande qu'à s'exprimer. Passer les heures n'importe comment, du moment qu'elles passent et la certitude de ne pas être au bon endroit au bon moment, ou pour une mauvaise raison. Fixer un dessus de lit froissé et les enveloppes à en-tête exotiques sur le bureau de la chambre d'hôtel. Même le "dehors", si différent de l'habitude ne donne pas le vertige. Les bruits de pas dans le couloir qui font esperer, un moteur Diesel qui ronronne un moment sous la fenêtre et qui fait battre le coeur, en vain.
Des draps qui ne sentent rien, sauf le tabac froid. Même pas l'envie d'y glisser une pute pour passer le temps. Juste envie de parler, pas d'entendre gémir en fonction du tarif négocié. Mais pas de parler de n'importe quoi: parler de choses passées, connues pour se prouver que ce que l'on vit est bien arrivé, et s'entendre répondre que oui, elles sont bien réelles, toutes ces choses. En tout cas pour l'instant. Envie d'aimer quelqu'un, physiquement, pour se reposer, enfin dormir.
N'as tu jamais senti la planète glisser sous toi? L'impression qu'elle tourne et que tu restes immobile, seul élément fixé sur du rien alors que le reste file sous tes semelles? Et pourtant tout est présent: les bruits, les odeurs, la poussière et tous les détails qui indiquent qu'une vie est passée par là. La fenêtre qui s'ouvre sur l'exterieur et les dizaines de milliers de kilomètres, les dizaines d'années, les traces sur la peau et les souvenirs qui cognent dans la poitrine. Les absents, et leurs regards qui te fixent un soir de pluie dans un bar, très loin d'ici, ou dans une cour de lycée. Les absentes. Ou plutôt l'absente, car il n'y a que la dernière qui compte, effacant (presque) completement tous les souvenirs horizontaux précédents: celui là était vertical, il m'a fait monter très haut. On le croit, en ressentant à nouveau l'odeur de son cou, le goût de son sexe encore sur la langue, l'étrange sensation de la pénétration, quand tout se passe là, que l'on n'est plus qu'un mouvement. C'était si bien de sentir sa peau sous les doigts qu'on a pensé que ca ne se terminerait jamais, on y a tellement cru, tellement fort. A en oublier les lois basiques de la balistique: il y a toujours une fin de course, un moment ou l'impulsion s'arrête et on retombe fatalement. Rarement sur ses pieds, et toujours en se faisant mal. On se retrouve toujours un jour seul. c'est presque aussi douloureux que de se rendre compte que le prénom de certaines s'est évanoui. Comment peut-on oublier ce que l'on a désiré si fort? Comment peut-on séparer ce nom tant dit de l'image de ces yeux qui se ferment juste avant, avant qu'une tête ne nous retombe sur la poitrine, brouillant le champ de vision d'un quadrillage chevelu?
Ce doit être bon de croire en quelque chose -ou quelqu'un- de supérieur, et de se dire que tout peut à nouveau se rejouer. Reprendre la partie mais tricher, connaître les cartes des autres, ou en tout cas savoir si l'on doit abatre son jeu ou pas. Qui est là pour apprendre les règles? Y a t-il un moment où on sait que l'on a gagné? Marre de se lever de la table en se disant que l'on perd à chaque fois, fatiguant de jongler en permanence avec l'inutile.
Combien de mains serrées dans une vie, combien de regards échangés qui étaient plus que des glissades, les choix sont-ils toujours les bons?
On peut être n'importe où. Ce qui tue, c'est le temps passé et les occasions manquées. L'occasion manquée, plutôt. Car il y en a toujours une. Si tu penses, tu n'y coupe pas. On ne peut pas réfléchir et être heureux, c'est totalement incompatible, car être heureux, c'est justement ne penser à rien.