Les villes de grande solitude.......

page 5.....là le mot solitude prend son sens....
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Ma solitude.



Nous avons longuement
marché, silencieux,
du soleil plein la tête
et de l’or dans les yeux.
C’est là que j’ai durci
au feu de ton empreinte
ma volonté farouche
et forte d’espérer.
C’est là que j’ai confié
au miroir de mon âme
mes doutes, mes faiblesses,
toutes mes craintes aussi.
Nous avons côtoyé
toutes sortes de gens :
des grands, des beaux, des laids,
des bons ou des méchants.
De ceux encuirassés
qu’encombre l’inutile,
de ceux empanachés,
superbes d’ignorance
ou d’autres, compassés,
bavant de suffisance
en qui j’ai failli croire
avant que de comprendre
que l’on ne peut comprendre
et qu’il ne faut pas croire.
Fantoches débridés,
traversant le présent,
ont fui dans ma mémoire
comme pages brûlées
laissant un goût de cendre,
un goût d’inachevé.
Et moi, bardé de rêves,
Je suis tombé de haut,
alors, simple, anonyme,
obscur, j’ai cheminé ...
Pourtant je le sais bien
qu’à mon dernier sanglot
ou qu’à mon dernier rire
je te retrouverai :

toi, l’ultime refuge,
toi, l’amie du silence,
toujours je reviendrai
vers toi, ma Solitude.


 
Plus de faux espoirs, bande de nases ... je suis re-là et en pleine forme !
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A part quelques minutes à chialer dans les chiottes de l'aéroport après avoir quitté mes amis et entendu un morceau bien mélancolique de Sade (non, pas le marquis, la chanteuse !
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) ... et ben, tout va bien !!!
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J'espère que vous aussi !
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Fin de semaine, départ programmé pour Munich ...
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... marre !
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Laisser les fantômes tristes prendre leur place, épingler les souvenirs comme des papillons et brûler dans un enfer de glace.

Comme une statue grise, se couvrir de givre.

C'est un nouvel automne, beau comme un iceberg.
 
A Dédé !
Certains s'en souviendront, d'autres non ! D'aucuns s'en ficheront !
A toi Dédé qui était mon pote et à qui je pense tous les jours ... à toi qui était "différent", comme disaient les autres pudiquement ... tu vivais dans ton monde à toi, un monde de gentillesse et de sourires partagés, de poignées de mains et d'interminables embrassades ... tu étais accueillant comme un matin de printemps ... la cafetière frémissait sur le poele quand tu m'attendais ... tous les jours, quand j'entrais chez toi, tu te précipitais pour m'en servir une tasse en répétant inlassablement : "attention, café bouillu, café fichu !" ... et on riait ... j'en ris encore d'ailleurs, mais la larme qui me perle à l'oeil est moins vivace ..
Un jour tu es parti comme tu as vécu, sans fracas et sans déranger personne ... nous étions quelques-uns pour t'accompagner, peu nombreux, mais nous étions les meilleurs, les vrais, les purs, ceux qui t'aimaient et à qui tu as tout donné...
Tu vois Dédé, ce matin, seul dans la pénombre matinale et silencieuse de mon bureau, c'est à toi que je pense...
Un jour, je viendrai car je sais que tu m'attends ... tu nous attend ! Ce jour-là, tu seras dans la lumière et ton sourire nous réchauffera ...
Tu m'as beaucoup donné, beaucoup appris, toi le "simple en esprit", mais Bon Dieu que l'Amitié était belle avec toi !
Je t'embrasse Dédé ...
 
Un petit texte de Michel Polnareff que j'aime bien et que j'ai envie de partager...

Quand l’écran s’allume je tape sur mon clavier
Tous les mots sans voix qu’on se dit avec les doigts
Et j’envoie dans la nuit
Un message pour celle qui
Me répondra OK pour un rendez-vous

Message électrique quand elle m’électronique
Je reçois sur mon écran tout son roman
On s’approche en multi
Et je l’attire en duo
Après OK elle me code Marylou

Goodbye Marylou

Quand j’ai caressé son nom sur mon écran
Je me tape Marylou sur mon clavier
Quand elle se déshabille
Je lui mets avec les doigts
Message reçu OK code Marylou

Quand la nuit se lève et couche avec le jour
La lumière vient du clavier de Marylou
Je m’envoie son pseudo
Mais c’est elle qui me reçoit
Jusqu’au petit jour on se dit tout de nous

Goodbye Marylou, Goodbye...

Quand l’écran s’allume je tape sur mon clavier
Tous les mots sans voix qu’on se dit avec les doigts
Et j’envoie dans la nuit
Un message pour celle qui
A répondu OK pour un rendez-vous

 
Solitude des lieux .....

Frankfurt Airport samedi 18/10 - 17H30 ... vide !!!
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...des amis qui s'en vont...

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Cela fait déjà un bon moment que l'alcool coule à flots et que le nuage de fumée lourde a gagné le combat l'opposant aux ventilateurs qui découpent lentement l'atmosphère. La maison est immense et le personnel a été libéré pour la soirée, afin que tous se sentent plus à l'aise. Plus à l'aise: cela doit signifier que chacun peut se répandre comme il le souhaite, sans le regard réprobateur ou simplement absent des locaux. Parce que de locaux il n'y en a pas, malgré l'incroyable mélange ne nationalités des invités.

Je les observe, car mon anglais souffre d'un manque de pratique. Quant aux autres langages utilisés, pour certains je n'en connaissais même pas le nom. Des européens, des africains, des asiatiques, des américains: la très belle jeune fille qui nous invite ce soir-là et dont la principale activité semble être concubine d'un cripteur de l'ambassade de France m'indiquera plus tard que 24 pays sont représentés. Sur une trentaine d'invités, c'est une bonne moyenne.

La soirée avance donc tout doucement. Un étudiant français semble s'être autoproclamé rouleur officiel de joints. Assis sur un lit, il agite fébrilement les doigts en expliquant que ce qui l'impressionne le plus dans le fait d'être dans cette partie du monde est de voir des ventilateurs au plafond partout. "Tu te rends compte? Même dans les salles d'attente des gares!" dit-il en me fixant de ses yeux injectés. Oui, je me rends compte. J'ai un peu mal à la tête.

Au bout du couloir, le salon offre de grands canapés et fauteuils a ma lassitude. A peine suis-je installé qu'une femme vient se poser à côté de moi et commence à me parler. Je ne comprends pas un traître mot (belle expression: les mots sont souvent traîtres) a ce qu'elle raconte mais comme elle se contente de monologuer sans m'interroger, cela n'a aucune importance. Au bout d'un moment qui me semble interminable, un grand mec se place devant elle, la regarde, et éclate de rire. Visiblement il n'a pas l'habitude du champagne car il oscille d'avant en arrière. Il nous regarde, la fixe, rit a nouveau et accompagnant son propos d'un geste évocateur, m'annonce que j'ai fait une touche. Là j'ai compris. je regarde ma voisine, elle baisse les yeux, rougit et me dit en français (enfin!) "ne faites pas attention, il est terriblement britannique ". Terriblement, oui, il l'est. Elle aussi. Je me lève.

C'est a ce moment là que je l'aperçois. Elle est debout, légèrement appuyée contre le mur, près de la porte comme si elle allait partir. Elle me fixe intensément de son regard noir et ne détourne pas les yeux. Elle doit ressentir la même chose que moi, et cela étrangement me rassure.
Je passe devant elle. Au moment où nous sommes au plus proche, elle me sourit tristement. Nos yeux se fouillent, et je sors sans dire un mot. Je ne sais pas que ce regard va se fixer dans ma mémoire et que des années plus tard il sera toujours là.

Dehors il fait lourd: une nuit tropicale humide qui dans peu de temps va s'achever. La musique qui devient sourde à mesure que je m'éloigne dans les rues désertes, un chien qui glisse entre deux poubelles et New Delhi qui sommeille encore. Je me sens soudainement loin, seul et triste. C'est déjà demain.
 
Amok a dit:
Dehors il fait lourd: une nuit tropicale humide qui dans peu de temps va s'achever. La musique qui devient sourde à mesure que je m'éloigne dans les rues désertes, un chien qui glisse entre deux poubelles... ...
Tu éveilles en moi de curieux souvenirs ... de nuits tropicales, de pluies de mousson, d'allers et venues de vagues musiques venues de je ne sais ou, de ces nuits noires qui vous tombent dessus en l'espace de 5 minutes et qui vous jettent l'ame à terre, comme ça ... d'un seul coup...!
Il y a quelques années, on m'a envoyé en "mission" dans l'ex-Zaire, ex-Congo belge enfin, ex-tout ce que tu veux ! J'étais basé à l'Intercontinental de Kinshasa et de ma fenetre, je voyais les hauteurs de Limete ou se trouvait le palais de Mobutu, ainsi que le fleuve Zaire qui se déroulait majestueusement sur ma gauche...
J'y suis resté 3 mois ... 3 p... de mois sans revenir chez moi, seul comme ton chien de New-Delhi...
La journée se passait sans trop de problèmes, entre le boulot et les papotages à la cantine de la boite (entre blancs, les papotages, parce qu'on ne se mélangeait pas dans cette boite dirigée par un certain Ludwig Hessner, allemand pure race qui se balladait avec un parabellum accroché à la ceinture ... je dis se "balladait" parce qu'il est mort à présent, emporté par un coup de tournevis qui lui a été fatal dans un lieu mal famé ou plutot bien femmé !).
Le soir, je finissais à 18 H 30 ... la nuit était déjà tombée à ce moment !
Je prenais ma 4L de service, chaussais mes lunettes de moto because il n'y avait plus de pare-brise à cette fichue bagnole et que j'avais environ 10 kms de pistes avant de rejoindre l'unique route qui menait à Kinshasa...
Le long de ces pistes, une cohue incommensurable de véhicules hétéroclites, des hordes humaines qui allaient je ne sais ou ... chez eux probablement à condition qu'ils aient eu un chez eux !
Chaque jour c'était pareil ... 2 heures pour me retrouver dans ma chambre d'hotel, luxueuse, airconditionneuse, mais silencieuse...
Les nuits, je les passais allongés sur le dessus de lit, feuilletant les lettres de ma femme et de mes enfants ... pas de Web, pas de téléphone non plus (sauf le samedi matin lorsque je graissais la patte à l'opérateur pour obtenir une communication en moins de 2 heures !).
Je dormais peu et ma demi-torpeur était secouée de reves parfois érotiques ou languissants ... et le lendemain, c'était pareil...
Les collines avoisinantes brillaient de mille feux, de ces feux qu'on allume le soir pour trouver un peu de chaleur et de réconfort, des bruits de tambours résonnaient un peu partout, sourdement et des fantomes, mes fantomes surgissaient à chaque détour de ce dédale de couloirs hotelier...
Chaque nuit c'était pareil ... vers 2 ou 3 H du mat, j'entendais gratter délicatement à la porte ... une voix fluette susurrait : "Hé patron, c'est l'amour qui passe...!" ... de pauvres filles, très jeunes et parfois très belles, vendaient leur corps pour quelques zaires ... elles étaient fatiguées, épuisées, apeurées aussi...
Je n'ai jamais ouvert ! Jamais ! Peur de moi-meme ou peur d'elles et de ces maladies dont on parlait tant dans les milieux bien pensants de Kinshasa...
Je n'ai jamais croisé leur regard ... je crois que j'avais honte ... honte de moi-meme, honte de mon petit ventre bedonnant de belge bien nanti...
J'avais peur de leur misère, je craignais qu'elles ne m'en laissent un peu sur la peau, de leur misère et de leur pauvreté...
Jusqu'au jour ou, rentrant du boulot et coincé comme d'habitude à une jonction de pistes, j'ai vu un gars s'approcher et me dire avec un large sourire : "Salut patron ! ça va comme tu veux ?" - je reconnus le chef comptable de ma boite et je lui demandais ou il allait - "A la Cité !" me répondit-il - sans hésiter, je lui dis : "Allez monte, je t'y conduis !"
Ce gars là allait travailler tous les jours à pieds, de la Cité à la boite et vice-versa ... 3 H le matin et 3 H le soir pour rentrer...!!! A pieds !!!
Il était silencieux ! Après m'avoir remercié une dizaine de fois, il s'enferma dans le silence...
On arriva à la Cité ... immense bidonville, immense cloaque, immense misère...
Il me dit : "ce serait plus prudent de me déposer là ... je vous remercie !" - Je lui proposais de le reprendre le lendemain matin à 7 H, ce qu'il accepta avec plaisir...
J'étais de nouveau seul, le moteur toussotait un peu, mais je me dis qu'il allait bien tenir le coup encore quelques kilomètres.
A ce moment, je ne savais pas que ma vie allait basculer, que dis-je, avait déja basculée ... je ne soupçonnais pas ce qui allait arriver, que j'allais me faire virer et que j'allais vivre les deux plus beaux mois de ma vie ... de toute ma vie !!!
Ce soir-là, je suis resté des heures sur le balcon de ma chambre, à palper la nuit, à écouter les senteurs et à sentir la musique me courir le long de l'échine...
Au fond de moi, je crois bien que je savais....

(ps : je réserve un autre post pour la suite ... si vous voulez bien !
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... ...



 
(suite ... ...)

Le lendemain, j'étais à 7H pétantes devant la Cité ! La foule était indescriptible ... gosses qui couraient dans tous les sens, femmes en boubous avec un tas d'ustensiles sur la tete, hommes en shorts ou en cravates... un capharnaum pas possible ...!!!
Et ce bruit ... ces piaillements devrais-je dire, ces moteurs fatigués qui exhalent d'acres fumées, ces odeurs aussi, mélange de pisse et d'épices...
Il m'attendait ... sa chemise blanche dénotait un peu et sa cravate était plutot fripée ! Dans sa main gauche, un petit attaché-case en plastic noir dans lequel il devait avoir glissé son casse-croute !
Il me vit, couru, monta dans la voiture me salua et me remercia encore une fois...
Sur la route, la meme cohue ... tout à coup, il me dit : "Tiens, voilà Arsène et Marcel sur la gauche" ... c'étaient 2 gars qui travaillaient avec lui... Je m'arretais, ils montèrent et nous voila partis pour Binza (Binza était le quartier ou se situait la société) !
Au fur et à mesure que nous approchions de l'entrée de la société, je remarquais chez mes hotes un léger énervement ... Arsène me dit : "tu peux nous déposer juste dans le tournant si tu veux" - je ne comprenais pas ! Et pourquoi ne pourrais-je pas les déposer sur le parking à l'intérieur ?
En choeur, ils me répondirent que le big boss n'admettait pas que blancs et noirs fraternisent ... alors, arriver dans la meme bagnole !!!
Je connaissais pertinemment bien les "règles non-dites" qui régissaient le clan des cadres supérieurs, mais de là à imaginer ... ... non ! ce n'était pas possible...
Et, effectivement, c'était possible !!! Mon arrivée sur le parking fit scandale ! Oh attention, un petit scandale bien feutré, sans agitation aucune...
Quand j'intégrais les bureaux, personne ne répondit à mon "Bonjour !" sonore, à vrai dire, je n'y pretais guère attention compte tenu du caractère lunatique de mes collègues de travail...
A 10 H, j'étais convoqué chez Hessner ... Quand j'entrais, il était debout dans son bureau ! J'avoue qu'il n'avait pas l'air ni faché, ni agressif ... je dirais meme qu'il semblait sympa ! Je déchantais assez vite quand il me demanda de m'asseoir et qu'il me posa sa première question : "Est-ce vrai ce qu'on m'a rapporté ???" - je répondis : "s'il vous plait ?" et là, il se facha en me disant que j'avais contrevenu à une règle stricte édictée non officiellement dans la société : il était interdit pour les européens de cotoyer les "travailleurs locaux" - il ne voulait pas que la fainéantise et la couardise de ces batards rejaillisse sur nous !!!
Je croyais etre dans un mauvais reve et je me disais : "Bon Dieu, réveille-toi, secoue-toi !!!"
Il ajouta qu'à cause de moi, les 3 noirs venaient de perdre leur boulot ... et de fait, ils avaient du quitter la société sur le champ.....
J'étais ébahi, consterné ... une angoisse teintée de colère me monta à la gorge ... et je réagis plutot vertement...et plutot maladroitement étant donné qu'au cours de la conversation qui s'en suivit, nous en vinrent aux mains (aux poings, devrais-je dire !)...
Subitement, il se calma et me proposa un marché : il me restait deux mois à tirer et j'étais viré immédiatement avec interdiction formelle de remettre les pieds dans la société - il me fit faire un chèque de 6 mois de salaire + le cout du billet d'avion de retour, en me faisant signer un papier disant que nous cessions le contrat de commun accord pour "incompatibilité d'humeur" ... - j'avais alors bien compris qu'il achetait mon silence...
J'exigeais de téléphoner au siège central de la société ... il acquiesca et me laissa seul dans son bureau...
Mon correspondant m'expliqua qu'il connaissait très bien cette situation, mais que compte tenu de certaines circonstances occultes, Hessner bénéficiait d'une protection sans faille et qu'en conséquence, il valait mieux filer doux sous peine d'avoir de graves ennuis ... en fait, la menace était à peine voilée...
Hessner réintégra son bureau.
Tout sourire, il me dit : "alors, c'est arrangé ... vous avez compris !" et de rajouter : "à propos, la sortie c'est par là...!".
Je pris mon chèque, je passais devant une rangée d'ex-collègues hilares, sournois et pratiquement au garde-à-vous, et en arrivant sur le parking, je remarquais que ma voiture avait été placée dans un garage fermé...
Plus de bagnole ! me restait les pieds ...
A sa fenetre, Hessner me fit un signe ironique de la main ... compte tenu de la distance, je ne sus jamais si c'était un doigt d'honneur ou autre chose !!!
Je pensais à mes 3 gars qui, à cause de moi avait perdu leur boulot ... il fallait absolument que je les retrouve !
Je commençais à marcher le long de la piste quand une voiture s'arreta à mes cotés ... un européen ouvrit la porte, me demanda ou j'allais et me proposa gentiment de me déposer ... sympa le gars !
Arrivé à l'Intercontinental, une autre surprise m'attendait : mes bagages étaient à la réception, ma chambre avait été vidée ... là aussi j'étais viré !!!

(à suivre ... ... ... )
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Roberto Vendez a dit:
C'est heeeu... mieux qu'un SAS, ton truc !
Et en plus, tout est vrai de chez vrai meme si c'est difficile à croire ... j'ai vécu là la période la plus intense de toute ma vie...
Mais, je te rassure, tout finit bien ... sauf pour l'enfoiré qui a continué à jouer son petit dictateur pendant environ 3 ans après que je sois rentré en Belgique...
Au hasard d'une rencontre tout à fait fortuite, j'ai appris qu'il avait fini dans un fossé ... et, par la meme occasion, j'ai appris le fin mot de l'histoire, à savoir que j'avais été envoyé là-bas (le hasard a voulu que cela tombe sur moi) uniquement pour qu'il puisse importer une nouvelle Mercedes personnelle au Zaire... (nouvel expatrié qui entre en fonction = possibilité d'importer une nouvelle voiture sinon nada !)
A partir du moment ou il avait pu faire remplir les papiers pour la bagnole, je ne lui étais plus d'aucune utilité ! ... je devenais meme genant !
D'autres gars avant moi ont été également victimes de ce manège...
Quant aux protections dont il bénéficiait, je peux te garantir qu'elles existaient bien ... encore aujourd'hui j'en frémis !!!
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J'adore ton histoire!!! Vraie en plus!
La suite, la suite!!!

Ecris des nouvelles, c'est superbe!
 
(suite ... ...)

L'après-midi était déja bien avancée ...
Dans un premier temps, j'avais pensé reprendre une chambre à titre perso à
l'Intercontinental mais d'une part, les tarifs pratiqués pour les particuliers étaient
dissuasifs, et d'autrepart on me signifia que, par hasard, toutes les chambres
étaient occupées.
Ce qui me soulageait, c'est que j'avais du fric - à propos de fric, il faut savoir que
le salaire d'un expatrié était constitué de deux parties : une partie payée en
monnaie locale (Zaire), largement suffisante pour couvrir tous les besoins immédiats,
et une partie payée en Belgique - la particularité de la monnaie locale, c'est qu'elle
n'est pas "exportable" mais utilisable uniquement dans le pays.
Si vous quittez définitivement le pays avec des billets en poche, autant les bruler
à votre arrivée en Belgique, car ils n'ont pas cours nulle part !!!
J'étais donc à la tete d'un petit pactole de 6 mois de salaire en Zaires, ce qui me
laissait un peu de marge de manoeuvre...
Je décidais donc de prendre le taxi qui se trouvait devant l'hotel et de rechercher
un logement, au moins pour la nuit...
Le chauffeur, les yeux exorbités par les feuilles de coca qu'il machait à longueur
de journée me conseilla le Memling, un hotel "moyen" qui avait le mérite de ne
pas faire partie d'une grosse chaine internationale et insipide...
Va pour le Memling !
Tidju, c'était en pleine ville dans un quartier surpeuplé et, l'horreur de l'horreur,
il n'y avait pas d'airco dans les chambres, uniquement des énormes ventilateurs
qui brassaient l'air langoureusement en faisant un bruit d'enfer ... la première nuit,
je me suis retrouvé dans la scène d'ouverture d'Apocalypse Now !!!
Je rangeais mes affaires non sans avoir éliminé la faune bestiolesque qui copulait
dans les placards...
Au plafond, uniquement une lampe ... nue, la lampe ! Une petite salle de bains
blafarde aux accessoires rouillés et une toilette qui n'avait plus été nettoyée
depuis quelques jours ... je suis certain qu'avec un peu de perspicacité, j'aurais
pu deviner au travers des traces le menu ingurgité par l'ancien locataire ! Beerk !
Pas de téléphone ... pas de radio ... et ne parlons pas de télévision ! Le pied quoi !
Je décidais de prendre mon mal en patience tout en me disant : "encore une
semaine et je suis à Bruxelles !" - si j'avais su !
Avant de descendre diner, je décidais d'établir un planning pour les jours
suivants : dans l'ordre, encaisser mon chèque, passer à la poste centrale pour
téléphoner chez moi et prévenir que je reviens plus tot que prévu, passer à
l'aéroport pour réserver mon vol de retour et basta...il me resterait quelques jours
pour retrouver Arsène, Marcel et Simon et voir ce que je pouvais faire pour
eux...
Mes intentions étaient on ne peut plus simples : je les retrouve et tout en sachant
qu'un mois de salaire pour moi représentait pour eux l'équivalent d'une vingtaine
de mois de paie, si je leur passe mon fric, ils avaient le temps de voir venir et de retrouver
un bon job, ce qui, étant donné leurs qualifications assez pointues ne devait pas
poser trop de problèmes...
Je comptais bien me dédouaner de ce "problème" en payant ... ce qui, vous
l'avouerez me mettait sur un pied d'égalité avec Hessner... encore aujourd'hui
j'en suis honteux !
Je descendais donc pour diner ...
Le restaurant était quasiment vide, là encore, quelques ventilos rachitiques qui
ne parvenaient pas à rafraichir l'atmosphère, quelques gars solitaires qui sirotaient
leurs whiskies, et un personnel qui baillait aux corneilles en se grattant les
couilles... tout un programme !
Je m'asseyais près de la sortie, là ou il y avait un peu de courant d'air ... un garçon
s'amena et son premier geste fut d'allumer la bougie qui tronait sur la table !
Je commandais une fondue bourguignonne et une bouteille d'eau capsulée ...
La fondue bourguignonne est le plat de prédilection des européens au Zaire :
elle permet de voir que la viande qu'on vous sert est fraiche, ou tout au moins
en a l'air, et d'autrepart, elle permet de cuire ladite viande jusqu'à une quasi
carbonisation pour éviter la présence de germes et d'autres trucs tout aussi
appétissants !
Que celui qui n'a jamais eu une chiasse de la mort me jette la première pierre !
C'est alors que je l'ai aperçu ... celui que j'appellerais François M. - il entra dans
le restaurant comme on entre en terrain conquis, en saluant les garçons par leurs
prénoms, et en se dirigeant prestement vers la table qui devait lui etre réservée...
Il avait une gueule de bourlingueur, la carrure en conséquence, le timbre haut et
le pourboire rapide...
Il prenait soin d'arborer ostensiblement le badge qui pendait sur sa poitrine ... un badge sur lequel
je distinguais plusieurs couleurs, sans pouvoir en déterminer exactement la
provenance ou la teneur...
Il était à quelques mètres de moi, et sans savoir pourquoi, il m'emmerdait déja !
Il se leva pour aller saluer un des gars et, soudainement, il se dirigea vers moi...
"Bonjour ! Je me présente, François M., conseiller militaire français auprès des
FAZ (Forces Armées Zairoises), c'est la première fois que je vous vois ici ???"
A ce moment, et j'ai réellement un sens inné pour ce genre de trucs, je sus que
ce type allait m'etre utile ... il suffirait de le caresser dans le sens du poil, de
flatter son ego, d'etre attentif et il finirait par me manger dans la main...
Et de juste, après quelques minutes de conversation, il m'invita à sa table tout
en précisant qu'il paierait l'addition avec les deniers publics de la France ...
Je décidais de jouer le jeu à fond sans trop savoir à quoi il allait bien me servir !
Comme je ne suis pas homosexuel, mes motivations ne pouvaient qu'etre
utilitaires !!!
Et il parla, il parla ... toute la soirée il me bassina avec le role qu'il croyait jouer
dans l'évolution du Zaire, de ses relations avec le haut commandement, et
meme de l'amitié qui le liait à Mobutu, cet affameur du peuple....
Je l'écoutais sans broncher en poussant des gloussements d'admiration, j'insistais
sur le danger de son boulot et de son importance au niveau mondial ... si je n'avais
pas voulu etre ridicule, j'aurais meme parler de l'univers...
Et ça marcha, les mecs ... ça marcha !!! Arrffff !!!
Il me proposa de m'emmener lui-meme le lendemain à la poste centrale étant donné
qu'il y avait ses entrées et ses passe-droits...
Je jubilais... c'était horrible, mais je jubilais !
Ma nuit fut merveilleuse ... je dormis comme une marmotte non sans penser à ce
qui m'attendrait le lendemain...

(à suivre ... ...)



 
Dans les villes de grande solitude, il y a des gens seuls.
Des gens seuls, face à eux-mêmes.
Des gens seuls, face à leurs familles.
Des gens seuls face à leurs amis.
Des gens seuls face à leur solitude.

Ils ne voient, n’y ne regardent leur solitude de la même manière.
Certains, l’apprécient, la peaufinent, la souhaitent, l’espèrent, l’entretiennent, y trouvent tout leur plaisir.

Dans les villes de grande solitude, il y a des gens seuls.
Des gens seuls face à leur vie.
Des gens seuls, face à la vie des autres.
Des gens seuls, face à eux-mêmes.
Des gens seuls face à leur solitude.

Ils ne voient, n’y ne regardent leur solitude de la même manière.
Certains la détestent, la conjurent, la détestent, la refusent, la dédaignent, y trouvent tous leurs malheurs.

Dans les villes de grande de solitude, il y a des gens.

Il y a des gens, des gens en compagnie, des gens en groupe, qui rient, qui mangent qui boivent. Des gens qui croient, qui croient en l’amitié, en l’amour, des gens qui vivent, des gens, des tas de gens.
 
thebiglebowsky a dit:
(suite ... ...)

L'après-midi était déja bien avancée ...
Dans un premier temps, j'avais pensé reprendre une chambre à titre perso à
l'Intercontinental mais d'une part, les tarifs pratiqués pour les particuliers étaient
dissuasifs, et d'autrepart on me signifia que, par hasard, toutes les chambres
étaient occupées.
Ce qui me soulageait, c'est que j'avais du fric - à propos de fric, il faut savoir que
le salaire d'un expatrié était constitué de deux parties : une partie payée en
monnaie locale (Zaire), largement suffisante pour couvrir tous les besoins immédiats,
et une partie payée en Belgique - la particularité de la monnaie locale, c'est qu'elle
n'est pas "exportable" mais utilisable uniquement dans le pays.
Si vous quittez définitivement le pays avec des billets en poche, autant les bruler
à votre arrivée en Belgique, car ils n'ont pas cours nulle part !!!
J'étais donc à la tete d'un petit pactole de 6 mois de salaire en Zaires, ce qui me
laissait un peu de marge de manoeuvre...
Je décidais donc de prendre le taxi qui se trouvait devant l'hotel et de rechercher
un logement, au moins pour la nuit...
Le chauffeur, les yeux exorbités par les feuilles de coca qu'il machait à longueur
de journée me conseilla le Memling, un hotel "moyen" qui avait le mérite de ne
pas faire partie d'une grosse chaine internationale et insipide...
Va pour le Memling !
Tidju, c'était en pleine ville dans un quartier surpeuplé et, l'horreur de l'horreur,
il n'y avait pas d'airco dans les chambres, uniquement des énormes ventilateurs
qui brassaient l'air langoureusement en faisant un bruit d'enfer ... la première nuit,
je me suis retrouvé dans la scène d'ouverture d'Apocalypse Now !!!
Je rangeais mes affaires non sans avoir éliminé la faune bestiolesque qui copulait
dans les placards...
Au plafond, uniquement une lampe ... nue, la lampe ! Une petite salle de bains
blafarde aux accessoires rouillés et une toilette qui n'avait plus été nettoyée
depuis quelques jours ... je suis certain qu'avec un peu de perspicacité, j'aurais
pu deviner au travers des traces le menu ingurgité par l'ancien locataire ! Beerk !
Pas de téléphone ... pas de radio ... et ne parlons pas de télévision ! Le pied quoi !
Je décidais de prendre mon mal en patience tout en me disant : "encore une
semaine et je suis à Bruxelles !" - si j'avais su !
Avant de descendre diner, je décidais d'établir un planning pour les jours
suivants : dans l'ordre, encaisser mon chèque, passer à la poste centrale pour
téléphoner chez moi et prévenir que je reviens plus tot que prévu, passer à
l'aéroport pour réserver mon vol de retour et basta...il me resterait quelques jours
pour retrouver Arsène, Marcel et Simon et voir ce que je pouvais faire pour
eux...
Mes intentions étaient on ne peut plus simples : je les retrouve et tout en sachant
qu'un mois de salaire pour moi représentait pour eux l'équivalent d'une vingtaine
de mois de paie, si je leur passe mon fric, ils avaient le temps de voir venir et de retrouver
un bon job, ce qui, étant donné leurs qualifications assez pointues ne devait pas
poser trop de problèmes...
Je comptais bien me dédouaner de ce "problème" en payant ... ce qui, vous
l'avouerez me mettait sur un pied d'égalité avec Hessner... encore aujourd'hui
j'en suis honteux !
Je descendais donc pour diner ...
Le restaurant était quasiment vide, là encore, quelques ventilos rachitiques qui
ne parvenaient pas à rafraichir l'atmosphère, quelques gars solitaires qui sirotaient
leurs whiskies, et un personnel qui baillait aux corneilles en se grattant les
couilles... tout un programme !
Je m'asseyais près de la sortie, là ou il y avait un peu de courant d'air ... un garçon
s'amena et son premier geste fut d'allumer la bougie qui tronait sur la table !
Je commandais une fondue bourguignonne et une bouteille d'eau capsulée ...
La fondue bourguignonne est le plat de prédilection des européens au Zaire :
elle permet de voir que la viande qu'on vous sert est fraiche, ou tout au moins
en a l'air, et d'autrepart, elle permet de cuire ladite viande jusqu'à une quasi
carbonisation pour éviter la présence de germes et d'autres trucs tout aussi
appétissants !
Que celui qui n'a jamais eu une chiasse de la mort me jette la première pierre !
C'est alors que je l'ai aperçu ... celui que j'appellerais François M. - il entra dans
le restaurant comme on entre en terrain conquis, en saluant les garçons par leurs
prénoms, et en se dirigeant prestement vers la table qui devait lui etre réservée...
Il avait une gueule de bourlingueur, la carrure en conséquence, le timbre haut et
le pourboire rapide...
Il prenait soin d'arborer ostensiblement le badge qui pendait sur sa poitrine ... un badge sur lequel
je distinguais plusieurs couleurs, sans pouvoir en déterminer exactement la
provenance ou la teneur...
Il était à quelques mètres de moi, et sans savoir pourquoi, il m'emmerdait déja !
Il se leva pour aller saluer un des gars et, soudainement, il se dirigea vers moi...
"Bonjour ! Je me présente, François M., conseiller militaire français auprès des
FAZ (Forces Armées Zairoises), c'est la première fois que je vous vois ici ???"
A ce moment, et j'ai réellement un sens inné pour ce genre de trucs, je sus que
ce type allait m'etre utile ... il suffirait de le caresser dans le sens du poil, de
flatter son ego, d'etre attentif et il finirait par me manger dans la main...
Et de juste, après quelques minutes de conversation, il m'invita à sa table tout
en précisant qu'il paierait l'addition avec les deniers publics de la France ...
Je décidais de jouer le jeu à fond sans trop savoir à quoi il allait bien me servir !
Comme je ne suis pas homosexuel, mes motivations ne pouvaient qu'etre
utilitaires !!!
Et il parla, il parla ... toute la soirée il me bassina avec le role qu'il croyait jouer
dans l'évolution du Zaire, de ses relations avec le haut commandement, et
meme de l'amitié qui le liait à Mobutu, cet affameur du peuple....
Je l'écoutais sans broncher en poussant des gloussements d'admiration, j'insistais
sur le danger de son boulot et de son importance au niveau mondial ... si je n'avais
pas voulu etre ridicule, j'aurais meme parler de l'univers...
Et ça marcha, les mecs ... ça marcha !!! Arrffff !!!
Il me proposa de m'emmener lui-meme le lendemain à la poste centrale étant donné
qu'il y avait ses entrées et ses passe-droits...
Je jubilais... c'était horrible, mais je jubilais !
Ma nuit fut merveilleuse ... je dormis comme une marmotte non sans penser à ce
qui m'attendrait le lendemain...

(à suivre ... ...)

Bravo TheBig, tu es un excellent conteur. la suite vite.
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TheBig au Congo, bientôt dans les salles...
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(suite ... ...)
C'est le soleil qui me réveilla ... et le bruit aussi ! J'avais laissé la fenetre ouverte pour bénéficier un tant soit peu de la fraicheur nocturne, mais la température affichait déjà 28° ! J'étais moite et l'esprit un peu engourdi ! Déjà, ça gueulait sec dans la ruelle attenante, probablement une bagarre de commerçants ambulants... Une vague odeur de pourriture m'emplissait les narines, une odeur indéfinissable de végétaux ou de fruits en décomposition avancée ... je refermais la fenetre et au moment ou j'allais entrer dans la salle de bains pour me décrasser, on frappa à ma porte assez violemment....
Surpris et méfiant, j'ouvris la porte pour me retrouver face à un gars en treillis militaire, arborant un béret rouge et quelques vagues insignes ...
Ce qui me frappa, c'était sa "Sten", une mitraillette anglaise datant de la guerre 40 et qui avait la facheuse habitude de partir tout seul si on n'est pas très prudent...
Je connaissais l'engin pour l'avoir utilisé lorsque j'avais fait mon premier "voyage-éclair" (si on peut appeler ça un voyage...!) au Zaire en 1969 pour aller récupérer quelques compatriotes qui était dans la merde... Je ne m'apesantirai pas sur cette période qui fut une des plus sombres de toute ma vie...
Quoi qu'il en soit, je veillais à ne jamais me trouver dans la ligne de mire de l'engin qui se balancait sur sa poitrine...on n'est jamais trop prudent !
Il se présenta et m'annonça que Francois M. m'attendait au bar de l'hotel, mais que j'avais tout mon temps pour me préparer...
La douche fut rapide et revigorante étant donné l'absence d'eau chaude après 8H du mat !
Dans l'escalier, je croisais quelques dames zairoises dont la coiffure était composée de "Sputniks" ... et c'est vrai qu'avec leurs tresses dressées autour de la tete en forme de soleil, elle ressemblait à ces engins, le bip bip en moins !!! Elles étaient ravissantes dans leurs boubous chatoyants et je me surpris à regarder leurs "bas des reins" qui ondulaient à chacun de leurs pas...
J'entrais dans le bar ... François M. était attablé, entouré de 4 militaires zairois à l'allure à vrai dire un peu dépenaillée ...
Après m'avoir salué, il m'expliqua qu'il avait droit à une escorte personnelle mais que parfois, il était plus dangereux d'etre escorté que de se ballader tout seul... En effet, ça faisait plus de 2 mois que les FAZ n'avaient pas reçu leur paie alors, ils se démerdaient en rackettant les civils à droite et à gauche, en piégeant des européens lors de controles surprises, et en volant impunément dans les magasins d'état... et c'est vrai que les feuilles de coca qu'ils machouillaient à longueur de journées et qui leur donnait ce regard un peu jaune n'arrangeaient pas les choses...
"File leur un peu de blé !" me dit-il en riant "ça va détendre l'atmosphère...!"
Je leur donnais quelques zaires à chacun et c'est vrai que leurs visages devinrent d'un seul coup plus rayonnants...
Je piquais un café (nescafé !) et un croissant sur le bar ... - c'est fou ça ! le Zaire est un des premiers exportateurs de café au monde, et il est pratiquement impossible de trouver du vrai café dans les hotels ... à moins de s'arranger à coups de tunes avec le garçon ! Curieux pays !
"Allons-y" gueula François M. !
Deux Lada Niva nous attendaient devant l'hotel ... je remarquais que l'une d'entre elles portaient de sérieuses stygmates : vitres arrières éclatées, trous de balles dans la carrosserie ... rien de bien engageant, mais je ne posais pas de questions...
Je montais avec François M. dans la seconde tandis que les militaires se partageaient entre les deux voitures ... je poussais un soupir de soulagement quand je vis le gars à la Sten monter dans l'autre bagnole...
La chaleur était devenue étouffante ... la poussière était partout !
Les deux Lada se frayèrent un passage parmi la cohue à grands coups de klaxon et arrivèrent sur le boulevard principal...
François M. souhaitait me faire visiter les locaux qu'il occupait avec d'autres compatriotes dans la caserne principale de Kinshasa... après, il me conduirait à la poste centrale et à l'aéroport pour que je puisse faire mes petites formalités...
En cours de route, je lui parlais d'Arsène, Marcel et Simon, perdus dans la Cité grouillante tout en taisant scrupuleusement les détails de mon aventure avec Hessner ... on ne sait jamais !
Pour lui, j'étais simplement un expatrié en fin de contrat qui prenait quelques jours de vacances avant de rentrer chez lui...
Il m'annonça qu'il m'aiderait à retrouver mes 3 gars et que dans sa position, ce serait probablement une question de quelques jours ou moins...
Je remarquais qu'il fumait beaucoup ... au moins trois cigarettes depuis qu'on avait démarré...
La caserne se profila à l'horizon ... immense batiment en béton gris surmonté de barbelés, avec une entrée monumentale flanquée de deux guérites héritées probablement de la période de la colonisation si j'en juge par la présence ternie mais encore visible, des couleurs noire, jaune et rouge de notre drapeau national.
Ce qui me marqua, c'était la présence d'une mitrailleuse lourde de type "point 50" entourée de sacs de sable, la meme (du meme type en tous cas) qui avait déchiqueté un gars de la légion étrangère en 69 à quelques dizaines de mètres de moi... étrange souvenir de sang, de cris, de haine et de charpie... Un frisson me parcourut tandis que la Lada s'arreta devant le poste de controle ... François M. descendit de la Lada, palabra quelques instants en me montrant du doigt, et nous fit signe d'avancer...
La cour intérieure était immense ... des jeeps, des camions, quelques blindés légers étaient remisés sur le parking ... des gars en uniforme vaquaient à leurs occupations !
François M. rayonnait littéralement ... il était chez lui et il allait me faire partager un peu de son pouvoir, me montrer que lui, Conseiller Militaire auprès des FAZ, avait plus d'influence qu'un ministre de Mobutu !!!
J'attendais de voir ...!!!
J'avais un sentiment étrange de voir toute cette soldatesque s'agiter ... une multitude de petits feux étaient allumés dans cette cour ... on y cuisinait le manioc ... quelques poulets rachitiques pendaient lamentablement sur une corde à linge, gorges ouvertes et ensanglantées...
Un sentiment oppressant m'envahit ... la barrière s'était refermée derrière moi dans un "clong" retentissant et François M. semblait discuter le coup avec quelques officiers si j'en jugeais par l'état plus clinquant de leurs uniformes...
En cours de route, il m'avait expliqué qu'il était chargé de faire une étude sur les besoins en armement des FAZ, de leur trouver un moyen de financement et de les mettre en contact avec des "pourvoyeurs de mort" comme il se plaisait à appeler les marchands d'arme...
Il m'expliqua aussi que son role était de clouer le bec à la FN belge qui, jusqu'à présent fournissait pratiquement 50 % des armes légères...
Je ne sais pas si c'était la chaleur ou l'ambiance, mais j'avais une furieuse envie de vomir...


(à suivre ... ...)

 
(suite... ...)

Me prenant par le bras, il m'expliqua que la caserne était séparées en deux parties : à gauche, le
casernement proprement dit avec de longs couloirs en enfilade bordés de dortoirs d'une centaine
de lits chacun , et à droite la prison dans laquelle croupissaient environ 250 détenus dont quelques
rebelles qui devaient etre exécutés dans les prochains jours...
C'était donc ça, ces mains qui dépassaient des soupiraux à ras du sol et que j'avais entrevues en rentrantdans le batiment...
L'exécution des rebelles étaient à chaque fois l'occasion d'une grande fete populaire organisée par les autorités ... Ces exécutions par fusillade se tenaient dans l'ex-stade de foot de Kinshasa et la population y était conviée ... on emmenait sa petite famille, ses amis, ses enfants aussi, et c'était l'occasion pour tous de passer une bonne journée...
Bien entendu, la journée était moins bonne pour les malheureux condamnés qui descendaient dans l'arène un par un, chacun à son tour, pour se faire flinguer attaché à un poteau devant quelques centaines de personnes déchainées...
François M. ajouta que le moment le plus intense, c'était le coup de grace qui était généreusement offert par l'officier de service ... En effet, comme la plupart des officiants du peloton d'exécution étaient soit ivres, soit drogués, il était assez rare que le condamné soit tué sur le coup ... il restait quelques bonnes minutes à s'agiter et à soubresauter avant qu'on ne daigne le finir d'un coup de pistolet dans la tempe...
Il ajouta en baissant le ton et d'un air complice qu'il avait déja assisté à des exécutions sommaires à la
baionnette pour épargner des munitions...
J'étais chancelant, complètement écoeuré, vidé ... Comme pour se rattraper, François M. ajouta que cela ne se passait que quelques fois par an ...!!!
Il m'expliqua aussi que les prisonniers n'étaient pas nourris par l'état ... leurs familles devaient venir à la
prison journellement apporter un peu de nourriture pour leurs détenus - quand on sait que plus la moitié de cette nourriture était confisquée par les militaires lors des fouilles, on se doute que ce n'était pas bombance tous les jours.
Quant aux rebelles, leur régime était différent : comme les familles ne pouvaient venir les nourrir au risque de se voir arretes eux aussi, les militaires les maintenaient en vie, juste pour qu'ils puissent arriver en bonne condition sur le lieu de leur exécution...
Ma tete était complètement vide ... des images se bousculaient devant mes yeux ... et ce soleil qui cognait à n'en plus finir - je pensais à ma famille, à ma femme et à mon fils (je n'avais qu'un fils à ce moment-là), à ma mère aussi qui devait guetter le facteur tous les jours ... j'aurais voulu etre ailleurs et ne plus rien voir, ni entendre.
François M. m'invita à prendre une bière à l'intérieur - "ça va te remettre !" me dit-il !
Il poussa une porte et m'emmena vers son bureau ... enfin si on peut appeler bureau une petite pièce dégueu avec pour seul mobilier une table en formica, deux chaises et une armoire qui avait du connaitre ses jours de gloire dans les années 30.
Il enleva sa veste et c'est à ce moment que je remarquais qu'il était armé ... dans un étui, à l'arrière de sa ceinture, je crus reconnaitre la crosse d'un Browning FM de 7,65 ... une arme de fillette pensais-je aussitot ... espérons pour lui qu'il n'ait pas à s'en servir...!!!
La chose était courante chez les européens ... tout le monde était armé et personne ne s'en cachait !
L'arme de prédilection, le riot-gun placé dans la voiture près du changement de vitesse ... on ne sait jamais ce qui peut arriver.
Je n'ai plus touché une arme depuis 1969 et j'espère de tout coeur que je pourrais l'éviter ma vie durant ...
Encore maintenant, la vue d'un flingue me fiche la nausée...
Son bureau jouxtait celui, un peu plus vaste mais tout aussi crade, du commandant de région responsable de la caserne ... il était en visite d'inspection dans le Nord depuis 2 semaines - pendant son absence, c'était son subordonné qui le remplacait ! François M. m'expliqua que le Colonel "X" (je ne me souviens plus de son nom...), était ivre à longueur de journées et que cette caserne était devenue un lieu de non-droit dirigée par des sous-off complètement pervertis...
Il m'expliqua que, lui-meme, craignait ces petits dictateurs débiles et mauvais comme la peste...
Il ouvrit un vieux frigo qui tronait dans le couloir, en sortit deux bières et m'en offrit une !
Le contact glacé avec la bouteille me fit frissonner ... j'avais la fièvre probablement !
Je vidais la bouteille en deux traits bien goulus tandis que François M. jetait un coup d'oeil sur des
documents posés sur la table...
Il s'avança vers moi et me dit : "viens, je vais te montrer quelque chose ... mais soit discret !" il avait l'allure excitée et fébrile de quelqu'un qui se prépare à partager un lourd secret avec un ami de longue date...
"Suis-moi !" dit il !
Il m'emmena vers un étroit escalier qui s'enfoncait dans les sous-sols de la caserne - nous arrivames dans un long couloir flanqué de portes en bois, toutes numérotées et cadenassées ... nos pas résonnaient dans ce lieu lugubre ! Il y faisait frais, ce n'était pas désagréable ... à part l'ambiance !
Il s'arreta devant la porte marqué 18 en chiffres rouges grossièrement tracés - je m'en souviens encore comme si c'était hier...
Il sortit un trousseau, glissa une clé dans la serrure, ouvrit la porte ... tatonna un peu dans le noir à la
recherche de l'interrupteur ... le néon mit une éternité à s'allumer définitivement !
Quand mes yeux furent habitués à la lumière blafarde, je ... ... ...


(à suivre ... ...)
 
Pour la petite histoire, j'ai gardé d'excellents rapports avec François M. !
Mon dernier contact (téléphonique) avec lui remonte à environ 6 mois - à ce moment il était au Guatémala et travaillait pour une ONG !
Il a définitivement quitté le secteur "militaire" depuis environ 10 ans et s'est reconverti dans le social et l'aide humanitaire... enfin, c'est ce qu'il m'a dit !!!
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Normalement, on devrait se rencontrer à Paris au printemps prochain... je ne sais pas pourquoi, mais je vais lui proposer le Lou Pascalou comme lieu de rendez-vous !!!
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